S-21, une école pour tortionnaires

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L’audition de Duch a repris lundi 8 juin devant les CETC, après une semaine consacrée aux débats à huis-clos de la chambre préliminaire. Questionné par les co-procureurs sur l’endoctrinement des interrogateurs de Tuol Sleng, l’accusé a détaillé les principes de la formation des exécutants.

Duch, le 8 juin. ©B.V.« Il faut affûter le sabre sans relâche afin qu’il soit tranchant ». C’est par cette métaphore que l’ancien professeur illustre la façon dont il enseignait à ses subordonnés, expliquant qu'à force de torturer, cela devient automatique.

Issus de villages de campagne, les futurs interrogateurs de S-21 étaient ainsi initiés, de façon hebdomadaire, à différentes techniques de torture, l’objectif étant d’extorquer au plus vite les aveux des prisonniers.

« Arracher les ongles, électrocuter les parties génitales, appliquer du ciment sur le visage, étouffer avec des sacs plastiques… », détaille ainsi l’accusé avec détachement.

Vu le travail croissant de centre de sécurité à cette époque, un bâtiment est spécialement construit à seule fin de formation des jeunes recrues. Duch y enseigne alors la doctrine du parti et la « lutte absolue des classes » . 

Avec pour credo « attaque rapide, succès rapide », il distille les principes de l’Angkar aux futurs bourreaux, l’objectif final de la formation étant d’éviter tout doute, toute hésitation et toute pitié. Et Duch de réciter la leçon enseignée à l'époque : « Tout prisonnier amené à S-21 est un ennemi par définition et tout ennemi doit être écrasé ».


Questionné par les parties civiles, l’accusé est également revenu sur les termes employés par les gardiens pour s’adresser aux prisonniers. « Prisonniers méprisables, vers, germes, asticots » et autres noms désignant des animaux. L’utilisation de ces termes était encouragée car elle contribuait au processus de déshumanisation, explique Duch. De même, l’obligation était faite aux prisonniers de se prosterner devant des murs ou des photos de chiens.

Toutes ces techniques de destruction psychologique étaient enseignées de façon intensive. Après avoir réduit les prisonniers à des « moins que rien », à des « ennemis de la révolution », il était plus facile pour les jeunes bourreaux de les supprimer définitivement.

Sommaires CSH
PDF Cambodge Soir Hebdo 143

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