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3 semaines d’emprisonnement à Paris: y a-t-il vraiment un “consensus scientifique”?

STRATÉGIE – Le premier adjoint au maire de Paris a proposé jeudi l’option d’une reconfirmation totale de la capitale pendant “trois semaines” afin d’éradiquer Covid-19. Une mesure impossible en trop peu de temps, selon les experts interrogés.

C’est ce qu’on appelle utiliser (à tort) un “argument d’autorité”. Pour défendre sa proposition de confiner Paris pendant trois semaines, Emmanuel Grégoire a invoqué ce jeudi soir sur LCI un “consensus scientifique” autour de cette mesure. Pour le premier député de la mairie de Paris, l’option permettrait en effet de faire baisser la circulation du coronavirus à un niveau radicalement bas. Dans la perspective de “rouvrir”. “Il vaut mieux durcir (..) demi-mesures “, il a soutenu la gauche élue. Qu’est-ce que c’est vraiment?

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Trois semaines: un délai trop court

Tout d’abord, et comme de nombreux experts l’ont vite fait remarquer, il semble inconcevable de mettre à l’abri la seule capitale et sa région voisine. Imaginez pouvoir barricader la ville autour de frontières inexistantes. Alors que les Parisiens mettraient leur vie en veilleuse, le reste de l’Île-de-France (et du pays) continuerait d’être infecté. Dès le retour des échanges avec le reste du territoire, la contamination reprendrait alors. Celui qui explique le mieux ce phénomène est Phillipe Amouyel. Professeur de santé publique au CHU de Lille, il a cité sur LCI sa collègue Catherine Hill avec cette image: “Le confinement est comme de la viande pourrie: on la met au congélateur, ça s’arrête, on la retire, ça continue.” Même constat d’Yves Coppieters, qui demande un “stratégie beaucoup plus large”. Pour ce professeur de santé publique à l’Université Libre de Bruxelles, une décision locale est “trop ​​fragmenté”. Nous rappelle ce test: “Une vision ultra localisée ne peut pas fonctionner face à une pandémie”, qui est, par essence, présente sur une vaste zone géographique. Pour que la mesure réussisse, il faudrait contrôler les entrées et sorties de la région Ile-de-France. Et couper le capital du reste du pays.

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Emmanuel Grégoire évoque un “consensus” scientifique autour d’un emprisonnement de trois semaines

Au-delà de ces réflexions strictement pratiques, le premier adjoint d’Anne Hidalgo a également évoqué une période d’emprisonnement trop courte pour produire le résultat escompté. En effet, si les premiers effets d’une cloche sont visibles au bout de deux semaines, ce n’est qu’avec cette période que “une diminution du taux de progression”, note Phillippe Amouyel. “Mais les cas ne diminuent pas”, il a souligné. Il faut attendre la troisième semaine pour observer “une baisse de 30 à 40% du nombre de cas”, considérez ce spécialiste de la santé publique. Un ralentissement insuffisant en perspective d’une stratégie “zéro covid” soutenu par l’exécutif parisien. “Le point le plus bas de l’épidémie ne peut être atteint qu’après cinq à six semaines”, assure le chercheur, citant l’exemple des plaintes antérieures vécues par le pays.

Alors, comment pouvons-nous justifier que certains aiment Australie, confiner la population pendant seulement trois jours? “La durée dépend de la charge virale présente sur le territoire au début”, Yves Coppieters répond simplement. «S’il y a très peu de cas, alors nous pouvons procéder à un confinement, même pendant quelques jours. Mais avec un impact comme celui de Paris, cela prend beaucoup plus de temps “. Tout est question de proportions. Le spécialiste compte aussi pour la capitale “cinq à six semaines”arrêtez-vous avant de voir réellement les cas tomber.

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Les experts interrogés déconseillent donc la mesure préconisée par Emmanuel Grégoire. Ce n’est pas non plus le cas de la source citée par l’élu en charge de l’Urbanisme. Lors de sa visite à notre antenne, il a cité l’avis du conseil scientifique sur le sujet. Au moins une mauvaise semaine. Dans une note en date du 29 janvier, l’organisme de conseil chargé d’accompagner le gouvernement français dans son processus décisionnel, a plutôt défendu une maîtrise nationale “quatre semaines”. Selon l’exemple, il aurait permis “ramener la circulation du virus à environ 5 000 contaminations quotidiennes”. Cependant, le virus aurait continué à être très présent, ne permettant pas de revenir «à la vie comme avant». La stratégie consistait simplement à ralentir l’épidémie pour permettre la mise en place d’un Stratégie “Test-Tracer-Isolate” très stricte.

Ni le conseil scientifique ni les experts ne recommandent donc une période de confinement de trois semaines. Alors d’où vient la figure d’Emmanuel Grégoire? Yves Coppieters avance une hypothèse. Ce serait un “une sorte de compromis entre la stratégie australienne et la stratégie du printemps”. Et pour conclure: “Mais je ne vois aucune preuve scientifique dans cette affirmation.”

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Delphine Perrault

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