Science

“Beaucoup de jeunes enfants ne dorment plus, pleurent beaucoup, mangent mal”

Par Pascale Santi et Sandrine Cabut

Publié aujourd’hui à 15h37, mis à jour à 18h38

Les enfants ne sont pas épargnés par les effets de la pandémie. Le professeur Christèle Gras-Le Guen, pédiatre et chercheur en épidémiologie, est responsable des urgences pédiatriques et du service de pédiatrie générale du CHU de Nantes. Il préside la Société française de pédiatrie qui, dès la fin de la première naissance, soutient la nécessité de garder les écoles ouvertes. Pédopsychiatre et chercheur, le professeur Richard Delorme dirige le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Robert-Debré (AP-HP, Paris). Au printemps 2020, il a mis en garde contre les risques de crise sanitaire et d’emprisonnement pour la santé mentale des enfants. Tous deux faisaient partie du petit groupe de médecins spécialistes de l’enfance pour lesquels Emmanuel Macron a récemment auditionné. Entretien croisé.

Un an après le début de cette crise sanitaire sans précédent, qu’avez-vous appris, spécialistes de l’enfance?

Christèle Gras-Le Guen, pédiatre et chercheuse en épidémiologie, responsable des urgences pédiatriques et du service de pédiatrie générale du CHU de Nantes, en mars 2017.

Christèle Gras-Le Guen: Ce virus nous surprend encore tous les jours, car il ne correspond à rien de ce que nous savions jusque-là. Je pense en particulier à sa capacité à infecter et à générer des formes sévères qui augmentent avec l’âge. La nouveauté absolue est que, contrairement à la grippe, qui touche plus sévèrement les sujets fragiles (les très jeunes et les plus âgés), elle n’infecte que les plus petits – et presque jamais les nourrissons -, et de manière bénigne pour la grande majorité.

READ  le gouvernement "encourage tous les agents de santé" à renforcer les hôpitaux

Quant à ses effets indirects, la santé mentale des enfants est désormais très préoccupante. Ce qui nous atteint aujourd’hui, c’est que nous ne voyons pas la fin de l’épidémie. Cela augmente le stress et l’anxiété, ainsi que la nouvelle difficulté à faire face aux menaces posées par les variantes.

Le pédopsychiatre Richard Delorme à l'hôpital Robert-Debré à Paris le 21 juin 2018.

Richard Delorme: Cette pandémie a surtout mis en évidence les difficultés que nous avons à traiter de la question de l’enfance et à en raisonner scientifiquement. Que le stress persistant ou les situations exceptionnelles conduisent à des effets délétères à moyen et long terme chez l’enfant est connu depuis longtemps. L’enfermement des enfants lors de l’épidémie de grippe H1N1 avait déjà montré les conséquences de la quarantaine en termes de stress et d’humeur dépressive. Mais cette preuve a peu si elle n’a pas été prise en compte lorsque les écoles ont été radicalement fermées au début de la crise à cause du Covid-19. Tout s’est passé comme si la population était composée uniquement d’adultes, alors que les enfants représentent près d’un Français sur quatre.

Vous avez 83.65% de cet article à lire. Le reste est réservé aux abonnés.

Delphine Perrault

"Solutionneur de problèmes extrêmes. Chercheur avide de bacon. Écrivain maléfique. Geek du Web. Défenseur des zombies depuis toujours."

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer