Science

Camille Noûs, un scientifique fantôme au succès insolent

La vie de laboratoire. Quel chercheur français n’apprécierait pas de lire une mention de son travail dans le célèbre magazine le jour de son anniversaire? Science ? Même si c’est sur les pages d’actualité de ce magazine, plutôt que sur les pages qui publient des recherches originales. L’heureux événement vient de se passer le 16 mars à Camille Noûs, mais avec un titre intrigant: “Qui est Camille Noûs?” “

Un génie sans aucun doute, tant sa production, validée par des revues scientifiques, touche des branches très diverses allant de la physique des particules aux sciences sociales en passant par les mathématiques, l’informatique, la chimie ou la biologie. L’auteur est également prolifique, avec 180 articles publiés dans 110 revues. Ce qui est plus, en France, que des records impressionnants pour seulement un an de médecins Guido Kroemer (79 articles) ou Laurent Peyrin-Biroulet (119), mais moins que le professeur Didier Raoult (228), selon la base de données Scopus.

«La publication scientifique, en vingt ans, est devenue moins une unité de savoir qu’une unité de comptabilité, qui sert à évaluer», rappelle Yves Gingras, professeur d’histoire des sciences.

Autre trait de caractère notable et rare dans ce monde sérieux, l’humour: Camille Noûs n’existe pas et fait partie d’un laboratoire imaginaire, Nous pensons. C’est un auteur allégorique, inventé le 20 mars 2020 par un groupe de chercheurs militants particulièrement désireux de rompre “Avec la rhétorique de la découverte brillante et solitaire qui justifie le marketing de soi-même, la course aux chiffres, l’évaluation à l’impact et la compétition des scientifiques”. Bref, un acte symbolique pour dénoncer les carences des modes actuels de publication, d’évaluation, de recrutement … “La publication scientifique, en vingt ans, est devenue moins une unité de connaissance qu’une unité de comptabilité qui sert à évaluer”, se souvient Yves Gingras, professeur d’histoire et de sociologie des sciences, directeur scientifique de l’Observatoire des sciences et technologies de l’Université du Québec à Montréal, et qui suit “Cette initiative très intéressante”.

“Un auteur ajouté aux autres”

“Rendre visible l’absurdité des métriques bibliométriques n’est pas notre seul objectif”, se souvient l’une des trois “secrétaires” de Camille Noûs, anonyme, pour ne pas mettre en évidence les individualités. «Camille Noûs n’est pas une fausse auteure, elle est une auteure ajoutée aux autres, qui incarne l’importance de la rationalité collective et du peer review pour nos métiers. Cette initiative vise à rappeler qu’il n’y a pas de découvertes sans contribution collective “, Il ajoute. “Ce qui est en jeu, c’est aussi la qualité de la recherche produite, qui est initiée par ces évaluations basées sur des indicateurs discutables et la compétition de tous contre tous: chercheurs, laboratoires, pays …”, regrette l’un des partisans de Camille Noûs.

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Delphine Perrault

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