Science

Ces chercheurs qui tentent de mesurer les effets psychologiques d’attaques répétées

, publié le samedi 14 novembre 2020 à 07:00

Les victimes des attentats restent marquées psychologiquement en permanence et chaque nouvelle attaque est un test. Mais le comportement collectif d’une société est également influencé par le terrorisme.

De l’attaque contre les locaux de Charlie Hebdo en janvier 2015 à l’attaque contre une église de Nice en octobre dernier, la France a subi une succession d’attentats sans précédent ces dernières années.

Au-delà du bilan humain, le terrorisme a un fort impact psychologique, sur les victimes, mais aussi sur la société. Depuis les attentats du 13 novembre, les chercheurs ont tenté d’en mesurer les effets.

Pour les scientifiques, Catherine Bertrand est un cas d’école. Présent au Bataclan le soir du massacre – 90 morts – perpétré par les jihadistes, elle n’a pas été blessée. «Je n’avais pas réalisé ce qui se passait», a-t-il dit, «clairement mon cerveau m’a exclu de toutes les émotions. Ils l’ont maîtrisée trois jours plus tard alors qu’ils se rendaient à l’hôpital pour une consultation. “Dans le transport, il y avait du travail. Les marteaux pneumatiques m’ont fait paniquer complètement, j’ai eu une crise de panique. Je me suis arrêté, mes jambes tremblaient, mon souffle” la sensation d’étouffer (…) le ” tac tac tac “m’a fait penser à l’incendie de Kalachnikov.” Catherine Bertrand, qui a écrit ses “Chroniques d’un survivant” dans une bande dessinée sous ce faux nom en 2017, décrit un souvenir traumatisant.

Cela donne «l’impression de revivre l’événement comme si (on) était là-bas, avec la même peur initiale, la même angoisse», explique Pierre Gagnepain, chercheur en neurosciences à l’INSERM. Et c’est la principale caractéristique du trouble de stress post-traumatique, une réaction à un événement traumatique.

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“Ce que nous observons est presque la moitié des personnes victimes des attentats du 13 novembre développeront un trouble de stress post-traumatique dans les mois à venir. En cas d’accident de la route, la proportion serait de 20% », développe Pierre Gagnepain. La réminiscence du traumatisme originel« se déchaîne de manière totalement brutale et incontrôlée », poursuit le chercheur, qui dirige le protocole« Remember », intégré au Programme du 13 novembre qui étudie la construction et l’évolution de la mémoire collective et individuelle après les attentats.

Tout élément peut le révéler.

Pour Catherine Bertrand c’est “avant tout les bruits, tout ce qui est soudain: le claquement de la porte, les choses qui tombent, les fenêtres qui se cassent, les enfants qui pleurent dans la rue parce qu’ils s’amusent”. Dans sa situation, chaque nouvelle attaque terroriste est un nouveau traumatisme. “C’est comme si je le vis. Je pense aux gens qui sont inquiets, c’est la panique dans ma tête, mon cerveau est complètement délirant et, en général, je ne peux rien faire de la journée”, dit-elle. Elle. En réaction, «elle ne regarde plus la télé du Bataclan, elle n’écoute plus la radio» et ne reçoit des informations que sur Internet.

Une exposition régulière à des images d’attentats terroristes “active des circuits de peur dans le cerveau”, confirme le chercheur Pierre Gagnepain. “Potentiellement, cela peut raviver d’anciens traumatismes, mais aussi affaiblir les gens face à de nouveaux traumatismes.” Même parmi ceux qui n’ont jamais été victimes. Selon une étude américaine publiée après l’attaque du marathon de Boston en 2013, les personnes qui ont passé au moins six heures par jour à se renseigner sur l’attaque étaient encore plus traumatisées que celles qui y étaient présentes.

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Si elle affecte les individus, la répétition d’attaques affecte-t-elle également le comportement collectif d’une société? Oui, du moins à court terme, estime le sociologue Gérôme Truc, également membre du programme 13-11 et qui a étudié les conséquences des attentats de New York (2001), Madrid (2004), Londres (2005) et Paris en 2015.

Radicalisation des opinions

Chaque attaque affecte «la dynamique de mobilisation autour des dirigeants politiques» et radicalise les opinions, note-t-il. “Ceux qui sont déjà d’extrême droite, islamophobes, le deviennent encore plus, et ceux qui sont plus dans un processus d’ouverture, de tolérance, peuvent aussi se radicaliser (…) par réaction”.

Après une période d’union sacrée, une “période d’hystérisation” se produit systématiquement, Gérôme Truc poursuit, où l’on voit “plus de crimes racistes, des attaques islamophobes en représailles, peut-être même des erreurs policières, de la panique et des rumeurs”.

Avec la récurrence des attentats, ces phases reviennent «de plus en plus rapidement» et «les tentatives de redressement politique sont un peu plus fortes». «Après (l’attaque de) Nice (29 octobre), immédiatement (le groupe d’extrême droite) Generation Identity vient manifester sur les lieux de l’attaque», explique-t-il.

Cependant, le sociologue souligne l’effet apaisant du temps sur ces traumatismes. “Le processus de réaction sociale à une attaque a un temps. La société vit.”, conclut Gérôme Truc. «Le 11 septembre aux États-Unis, il y a vingt ans, pour ceux qui l’ont vécu, cela ressemblait encore à hier. Mais pour les jeunes adultes américains, c’est de l’histoire.

Delphine Perrault

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