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Combien valent les justifications d’Emmanuel Macron pour la décision de ne pas reconfirmer la France en janvier?

Après avoir tenté de trouver une «troisième voie» pour lutter contre Covid-19, Emmanuel Macron a décidé, mercredi 31 mars, de reconfigurer tous les territoires et fermer les écoles pendant trois semaines. La France a-t-elle perdu deux mois dans la lutte contre l’épidémie, alors que la plupart des spécialistes appellent à des mesures fortes depuis fin janvier? Certainement pas, il a défendu le chef de l’Etat, pour qui ce retard représentait “Précieux jours de liberté”.

Une présentation tronquée des restrictions en Italie et en Allemagne

Ce qu’il a dit

Pour défendre la stratégie sanitaire adoptée en janvier, le chef de l’Etat a déclaré que les restrictions avaient été moins sévères en France qu’ailleurs. “Beaucoup de nos voisins ont décidé de confiner il y a quatre mois, par exemple nos voisins allemands”il a plaidé en l’ajoutant “Nos amis italiens en sont à leur quatrième naissance”. Selon lui, la France l’a fait “Vous avez gagné de précieux jours de liberté” en cette période “Sans jamais perdre le contrôle de l’épidémie”.

PARCE QU’IL EST EXAGÉRÉ

Il n’y a pas eu de reconfiguration généralisée, ni en Allemagne ni en Italie, mais des mesures plus ou moins sévères adaptées à la situation dans les différents Länder allemands et dans les régions italiennes.

En Allemagne, outre les bars, les restaurants et les installations sportives, les jardins d’enfants, les écoles et les magasins «non essentiels» sont effectivement fermés depuis la mi-décembre. Le trajet est également limité à un rayon de quinze kilomètres dans les “arrondissements” (Comtés) où le taux d’incidence est supérieur à deux cents cas pour 100000 habitants à partir de janvier. Cependant, on ne peut pas parler de confinement strict: les résidents allemands peuvent dans une certaine mesure continuer à recevoir des invités; et quitter leur domicile sans certifications, délais ou contraintes de temps.

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En Italie, une grande partie du pays est est entré en confinement à partir du 15 mars – le quatrième, pour certaines régions comme la Lombardie. Mais ce n’est pas le cas dans les autres provinces. Le Latium, la région de Rome, n’observe “que” sa troisième frontière, tandis que la Sardaigne n’est actuellement pas touchée par des mesures restrictives, hormis le couvre-feu national de 22h00.

En résumé, il est indéniable que l’Allemagne et l’Italie continuent d’être sévèrement restreintes, en partie plus sévères que celles appliquées en France, depuis le début de l’année. Mais la confrontation entre les situations doit être davantage nuancée. Jean Castex avait utilisé la même rhétorique trompeuse devant le président.

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Un “new deal” … pas si nouveau

Ce qu’il a dit

Emmanuel Macron justifie son changement de stratégie en se référant à l’évolution récente de la situation.

«Au cours des dernières semaines, nous avons été confrontés à une nouvelle situation. Depuis lors, en gros, les premiers jours du mois, nous sommes dans une course à la vitesse. “

Selon lui, il y a, «D’une part, la diffusion de la vaccination qui donne un espoir raisonnable de sortie de crise, […] et de l’autre, la propagation à travers l’Europe d’une nouvelle forme de virus, cette variante qui a été identifiée pour la première fois chez nos voisins britanniques à la fin de l’année dernière, et qui en un sens faisait passer une épidémie à une épidémie interne “.

PARCE QUE C’EST DISCUSSIBLE

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L’avertissement sur l’existence d’une variante du SRAS-CoV-2 identifiée au Royaume-Uni est venu à la mi-décembre. À l’époque, l’augmentation soudaine des cas de Covid-19, en particulier à Londres, contraint le gouvernement britannique à réduire ses effectifs partie du pays.

Ce mutant est très vite apparu capable d’aggraver significativement l’épidémie car il est jusque-là plus contagieux que le SRAS-CoV-2. La contamination augmenterait entre 50 et 70%, selon des estimations récentes qui corroborent les premières données publiées fin 2020. Cette mauvaise surprise est venue comme une sortie de crise qui commençait à émerger, avec l’arrivée des vaccins.

Contrairement à ce qu’insinue Emmanuel Macron, les spécialistes mettent très rapidement en perspective ces deux tendances contradictoires. A partir du 12 janvier, il lui confie le conseil scientifique Covid-19 mis en place par le président lui-même un avis intitulé “Entre vaccins et variantes, une course contre la montre”. “Une course contre la montre commence (…) entre, d’une part, l’effort de vaccination et, d’autre part, la pénétration de la variante britannique dans la population française “, on y lit. Un discours qui rappelle celui du chef de l’Etat ce jeudi 31 mars.

Cette variante circulait déjà en France à faible bruit début janvier et sa part dans la dynamique de l’épidémie s’est accrue depuis. Fin janvier, les données montraient qu’il était en passe de devenir dominant sur le territoire. Si l’on estime qu’il ne représentait que 1 à 2% des cas français au 8 janvier, ce pourcentage est passer à 13,2% à partir du 27 janvier, puis a continué de croître jusqu’à atteindre 76,3% fin mars, selon les données collectées par Santé publique France.

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Tout l’argument des spécialistes en faveur d’une intervention forte à partir de janvier était justement de ralentir cette progression de la variante anglaise, susceptible de rendre l’épidémie incontrôlable. Quoi qu’en dise Emmanuel Macron aujourd’hui, on ne peut pas dire que cette nouvelle situation est apparue début mars.

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Benoit Béringer

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