Économie

Confinement et culture: Dans la tourmente, Roselyne Bachelot se bat

Il a évidemment envisagé un retour beaucoup plus heureux à la politique. Lorsque Roselyne Bachelot a accepté la proposition d’Emmanuel Macron en juillet dernier, elle ne s’attendait pas à se retrouver après quelques mois à gérer des concerts annulés, des festivals qui s’effondrent, des cinémas fermés. Avec l’épidémie, il est poussé dans la gestion de la crise permanente. Ainsi, l’ancien ministre de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy enchaîne les visioconférences depuis son domicile parisien. Et il se rend sur le terrain pour remonter le moral des troupes.

Jeudi dernier, il s’est arrêté sans caméra au Théâtre du Châtelet à Paris. Le ministre de la Culture assiste à l’enregistrement de “Symphonissime”, une émission sur les télévisions françaises dans laquelle un orchestre de musique classique réinterprète les tubes. Si les spectacles sont interdits, les enregistrements et les répétitions restent autorisés. La salle est donc vide. Mais il y a des gens dans les coulisses. Masque sombre sur le visage, accueille la chanteuse Jane Birkin qui quitte la scène. Ensuite, Patrick Fiori. Parlez à Carla Bruni. Dans les loges, il laisse des mots manuscrits pour certains artistes. L’art des petites attentions …

2 milliards d’euros pour la culture dans le plan de relance

«Roselyne Bachelot sait très bien parler aux artistes et comment les traiter», commente un conseiller ministériel. Il ne les persuade pas seulement avec des mots. Il a obtenu un budget qui a augmenté de 5%. «Nous pensons que sa solide expérience lui permet de savoir où et comment obtenir les moyens pour son secteur», note le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Il a également remporté une dotation importante de 2 milliards d’euros pour la culture dans le cadre du plan de relance. A titre de comparaison, le secteur du sport n’a reçu que 120 millions d’euros en deux ans.

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Face à la gravité de la situation, l’ancien chroniqueur de télévision grince parfois le noir. Dans la nuit du 14 octobre, il ne pouvait pas dormir. La décision du chef de l’Etat d’instituer un couvre-feu est si lourde de conséquences. Comment atténuer l’impact? Le lendemain, essayez d’assouplir les règles. Il fait campagne dans nos colonnes pour des billets de cinéma ou de théâtre qui serviront de certificat pour revenir après 21 heures. Il joue le rôle de “médiateur entre le monde de la culture et le gouvernement”. Jean Castex ne veut rien savoir. «Les règles doivent être les mêmes pour tout le monde», dit-il.

Ce n’est pas important. Lors du prochain Conseil des ministres, Roselyne Bachelot lève le ton. Ses collègues regardent, étonnés, la sortie. «Les conséquences seront désastreuses pour les professions culturelles», se plaint-il, via une visioconférence. Ce n’est pas possible, ce n’est pas juste ». Furieuse, elle demande plus d’aide. Le maire Bruno intervient: “Ne vous inquiétez pas, je vais le prendre à mon niveau”, lance le ministre de l’Economie, qui supervise le ministère du Budget. Les deux déserteurs de droite se connaissent bien. Chaque été, ils dînent ensemble dans le sud-ouest. Quelques heures plus tard, il a remporté 115 millions d’euros supplémentaires. «Nous avons besoin de culture, peut-être encore plus pendant cette crise», explique-t-il.

“Il y a enfin quelqu’un à la barre”

Puis vient l’emprisonnement. Un test encore plus difficile pour le ministre. Les entreprises jugées non essentielles baissent le rideau. «A sa place, j’aurais exigé que les librairies restent ouvertes, j’aurais mis ma démission dans la balance, j’en aurais fait un symbole, hurle un ancien ministre de la Culture. À cela s’ajoute l’image des étagères fermées dans les supermarchés. Catastrophique! Étonnamment, Roselyne Bachelot ne fait pas de lui un casus belli. “Il était ministre de la Santé, il ne supprime pas les restrictions sanitaires”, se souvient l’un de ses collègues du gouvernement. Dans les coulisses, en revanche, il se bat pour que l’Etat paie les frais de port des livres commandés à des librairies indépendantes. Après plusieurs jours de négociations avec Bercy, il gagne.

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Cette fanatique d’opéra sait jouer avec son poids politique. Bien que son espace médiatique ait diminué avec la crise sanitaire, Roselyne Bachelot reste la ministre la plus populaire du gouvernement. Il se classe même troisième parmi les personnalités préférées des Français après Edouard Philippe et Nicolas Hulot, dans le dernier baromètre de l’Institut Elabe. Quel contraste! Rue de Valois, succède à Françoise Nyssen, puis à Franck Riester, qui n’avait pas réussi à faire sa marque. «On sent une différence de style significative», s’exclame le responsable d’une grande institution culturelle. Enfin, il y a quelqu’un à la barre, avec un interviewé et qui connaît les dossiers. Quel malheur si l’épidémie réduisait sa capacité d’action! “

Vendredi, Roselyne Bachelot a annoncé à l’Assemblée nationale qu’elle relancerait le «Pass Culture», en le généralisant à tous les 18 ans. Ce «Pass» de 500 euros était une promesse électorale du chef de l’Etat. Il s’agissait d’offrir aux jeunes la possibilité d’acheter des livres ou des billets de concert pour les vacciner contre le virus de la culture. Depuis 2017, il n’a fait l’objet que d’une timide expérimentation dans quelques départements. Prête à participer à la campagne d’Emmanuel Macron en 2022, Roselyne Bachelot prend le relais. Comme un bon soldat. Pas de ressentiment envers celui qui l’a replongé dans la vie publique.

Thierry Dufour

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