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“Daech a permis à la Russie de soutenir Assad encore plus activement (…) C’est un tournant important dans la crise syrienne”

Jean-Pierre Filiu: Le régime d’Assad a immédiatement joué la carte des djihadistes pour diviser et discréditer l’opposition, libérant des centaines de détenus djihadistes au cours des mêmes mois de 2011 lorsque des milliers de militants pacifistes ont été réduits en esclavage, torturés ou liquidés. Daech, acronyme arabe pour «l’État islamique en Irak et en Syrie», a été proclamé en avril 2013 à Raqqa, la première capitale provinciale libérée par le régime d’Assad. Dès le début, les djihadistes ont éliminé les autres factions d’opposition de cette ville pour y imposer leur règne incontesté, avant d’étendre leurs réseaux ailleurs dans le pays. Mais les révolutionnaires ont fini par prendre la mesure du danger en lançant, en janvier 2014, leur «deuxième révolution», cette fois contre Daech, qui a ainsi été expulsé d’Alep et du nord-ouest de la Syrie.

Malgré cette mobilisation anti-jihadiste, les Etats-Unis ont maintenu leur politique de soutien minimal à l’opposition syrienne, dont les bastions, dépourvus de toute défense aérienne, ont été soumis à de sévères bombardements du régime d’Assad. Mais Daech, ainsi rejeté en Syrie, s’est tourné vers l’Irak, où Abu Bakr Al-Baghdadi a proclamé son pseudo-califat en juillet 2014. La coalition menée par Obama contre Daech s’est concentrée sur le côté irakien de sa campagne, avant d’étendre ses opérations à la Syrie. , où elle a préféré se concentrer exclusivement sur les milices kurdes, leur garantissant une couverture aérienne qu’elle avait toujours refusée aux forces révolutionnaires.

L’entrée directe de la Russie dans la guerre en septembre 2015 a peut-être été au nom de la «lutte contre le terrorisme», mais Moscou a laissé à Washington et à ses alliés l’essentiel de la campagne anti-Daech. C’est ainsi que Daech a permis à Moscou de soutenir Assad encore plus activement, alors que les puissances occidentales accordent désormais la priorité à la menace djihadiste. C’est donc un tournant important dans la crise syrienne.

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Benoit Béringer

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