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“Docteur, j’ai bien peur que ce ne soit pas possible”: un médecin généraliste face à Covid

“Vous ne l’avez pas, j’espère?” Dès l’entrée de Pierre-Louis Druais dans le pavillon, Ghislaine s’interroge sur l’état de santé de son médecin. Se protéger du virus est la priorité absolue de l’octogénaire et de son mari Fortuné, qui consulte actuellement pour un mal de dos douloureux. Les personnes infectées par le coronavirus, le médecin généraliste de Port-Marly, Yvelines, n’en examinera aucun ce lundi.

Une coïncidence du calendrier troublant pour nous, qui avions décidé de suivre ce soignant à l’agenda poussé par la reprise de l’épidémie. On se sent un peu comme le patient dont le mal de dents disparaît exactement une fois installé dans la salle d’attente du dentiste … Pourtant, de visite en visite, ce «le» appelé Covid s’invite en arrière-plan, un fantôme impossible à chasser . Elle est au centre des discussions des patients, objet de leurs peurs, de leurs interrogations.

“Nous ne savons plus qui croire, qui écouter”

Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), 28 septembre 2020. Fortuné et Ghislaine partagent leurs craintes concernant Covid avec Pierre-Louis Druais, leur médecin de famille ./LP/Guillaume Georges

Le sujet est également écrit intégralement sur le post-it jaune tenu par Fortuné. Après sa cruralgie, elle souhaite discuter avec son médecin des précautions à prendre avec la dame qui vient faire le ménage. «Est-il nécessaire de lui demander de mettre un masque et des gants, docteur? «J’ai bien peur que ce ne soit pas possible», dit Ghislaine, restée à distance. Au fil des minutes, devant le médecin qui les suit depuis quinze ans, les barrages tombent: peur de sortir mais s’ennuyer à l’intérieur, souffrance de l’absence des petits-enfants autant que la peur de leur arrivée. Le point suivant du post-it de Fortuné – la perte de quatre kilos en quelques semaines – se retrouve également dans l’épidémie. Le climat ambiant met «le moral dans ses chaussettes» et coupe le “Appétit. Ghislaine, de son côté, peine à s’endormir après avoir vu les médecins se déchaîner sur les télévisions.” On ne sait plus qui croire, qui écouter “, dit-elle.

“De nombreux patients sont perdus”

Tous les patients rencontrés ce jour-là le disent spontanément: la cacophonie politique et médicale pèse sur eux et érode leur confiance. «En cette nouvelle année scolaire, on voit beaucoup de patients perdus», admet le médecin de famille «à l’ancienne» qui écoute plus qu’il ne parle et prend le temps de répondre pleinement. Oui, un câlin avec des enfants est possible “par taille et en portant le masque”. C’est à la table qu’il faut être plus prudent. Et pourquoi ne pas préférer un bon film aux chaînes d’information 24/7?

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Barbe soignée, yeux bleus cachés sous ses lunettes, Pierre-Louis Druais est bien connu dans le monde des médecins traitants. Dans le premier à avoir reçu le titre de «professeur», il fonde, en 2009, le Collège de médecine générale et officie à la Haute Autorité de la Santé sur les voies de traitement. Il est également le seul médecin généraliste à siéger au Conseil scientifique mis en place pour diriger le gouvernement sur Covid, sous la présidence de Jean-François Delfraissy.

S’il garde secrets leurs échanges, on sait qu’il a alerté «d’autres» patients, ceux qui sont décédés à domicile et dont l’état de santé se détériorait. Trois ou quatre fois par semaine, leurs réunions s’ajoutent à leurs journées de travail bien remplies. Au plus fort de la crise, ils ont fait 17 heures – trop, surtout à 71 ans. Mais même au Port-Marly, en bord de Seine et à 20 km de Paris, trouver un successeur est un défi.

Le caducée a volé parce qu’il permettait le mouvement

“Allez, revenons au mien Ferrari Dit-il, quittant Fortuné et Ghislaine. Comme une grosse voiture, une voiture rouge, deux portes. Sur le toit, un stylo bic remplace l’antenne qui a été volée ce week-end. Le caducée est bien protégé … le sésame de son médecin, volé plusieurs fois lors de l’accouchement, car il permettait de se déplacer en toute liberté.

Marly-le-Roi (Yvelines), 28 septembre 2020. Pierre-Louis Druais rappelle à ses patients âgés, comme Anne-Marie, l'importance de la vaccination contre la grippe. / LP / Guillaume Georges
Marly-le-Roi (Yvelines), 28 septembre 2020. Pierre-Louis Druais rappelle à ses patients âgés, comme Anne-Marie, l’importance de la vaccination contre la grippe. / LP / Guillaume Georges

Josette, 85 ans, subit cette opération pour une arthroplastie de la hanche rejetée en raison de l’épidémie. A Anne-Marie, la vaccination contre la grippe, cette année doublement importante pour éviter la coexistence des deux virus. «C’est une dame très impliquée dans la vie de la ville», observe-t-il en quittant l’appartement. Ce que j’explique à Anne-Marie, elle le rapportera à Henriette, qui le dira à Madame S. Cela crée une chaîne de santé publique », dit-elle en se frottant les mains avec du gel hydroalcoolique.

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De retour au centre de santé, il faut franchir la «barrière Covid», bricoler avec un épais pansement adhésif pour limiter le nombre de personnes à l’intérieur. Corinne De Bortoli appelle le professeur Druais. L’assistante avait encore de nombreux appels d’employés ou de parents pour des «attestations» de non contagiosité ou «pas de contre-indication au retour à l’école», demandées par les entreprises ou les écoles. «C’est toujours non», dit le médecin. Elle ne repose sur aucune recommandation », se souvient celui qui sait, notamment parce qu’il a contribué à leur création!

Dans la salle d’attente les fauteuils ont été espacés, une salle spécifique est utilisée pour l’examen des personnes suspectes de Covid. Furieux que les généralistes aient été «écartés» de la première vague, Pierre-Louis Druais entend bien marteler leur rôle «essentiel» dans la seconde. «Nous avons également rappelé les patients qui avaient abandonné nos études un par un pendant notre séjour», murmure-t-il. Désormais, le mois de septembre est «agité», parmi les réunions habituelles, les Covid, des gens qui ont besoin d’être rassurés après cette période troublée.

“Nous sommes sur le point d’entrer dans une période plus chaude”

Les consultations de l’après-midi commencent, portant une chasuble protectrice. Minimum trente minutes par patient. «Tout le monde a entre 2,2 et 2,7 problèmes à traiter, il faut leur laisser le temps de planter le décor», dit-il en livrant un de ses conseils: des conseils sur la poignée de porte. «Parfois je me lève, je mets la main dessus et c’est là que le patient dit: ah au fait, je ne vous l’ai pas dit … Ici, on peut vraiment commencer. “

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Port-Marly (Yvelines), 28 septembre 2020. Pierre-Louis Druais vérifie, à l'aide d'un oxymètre, la saturation en oxygène dans le sang de Claudette./LP/Guillaume Georges
Port-Marly (Yvelines), 28 septembre 2020. Pierre-Louis Druais vérifie, à l’aide d’un oxymètre, la saturation en oxygène dans le sang de Claudette./LP/Guillaume Georges

Après 43 ans de pratique, les familles se sont succédées de génération en génération, on peut entendre «vous» résonner dans la salle d’examen et de discussion autour des petits-enfants de chacun. C’est cette proximité qui lui permet d’avoir une conversation rompue avec Claudette, 78 ans, et divers facteurs de risque «que Covid pourrait aimer». «Vous devez marcher, faire de l’exercice», lui dit-il. J’insiste aujourd’hui car plus tard je vous demanderai d’être encore plus vigilant et aussi de vous sceller en décembre et janvier. Parce que le membre du conseil scientifique n’est pas très optimiste quant à l’avenir: “Nous allons entrer dans une période supplémentaire chaudexplique-t-il, à mon avis encore pire que mars-avril. Nous ne sommes plus dans une tornade mais dans une tempête qui durera des semaines. Plus nous serons prêts, plus il sera facile d’y faire face. “

Consultations courtes

Lors de ses visites à domicile ou dans son cabinet, des blagues entre le médecin et ses patients se rejoignent, mais aussi des réflexions plus profondes sur son métier ou sur la période extraordinaire.

– Oh, tu sais, la vie est une maladie sexuellement transmissible, mortelle à chaque fois.

– Ne vous inquiétez pas du gargouillis. Les pets sont très importants. C’est bon pour la vie!

(Après plusieurs visites aux anciens) Nous avons la population de patients de votre âge …

– Je suis un vieux médecin de campagne (Silence) sauf que je ne suis pas dans le pays.

– Le médecin généraliste est l’avocat du patient. Nous sommes là pour l’aider à approfondir ses connaissances sur sa maladie. Nous le traitons. Mais la guérison est une autre chose, qui appartient au patient.

(Ecrivant soigneusement) La recette est la seule trace que je laisse de moi-même. Cela doit éclairer le patient, pas le confondre. Je m’applique systématiquement.

– Maintenant, nous avons l’équipement. Lors de la première vague, nous sommes allés nus et en sandales!

– Pour Covid, nous sommes en colère contre les lycéens et les étudiants qui ne présentent aucun symptôme. Savoir s’ils sont infectés est basé sur le dépistage et non sur le diagnostic.

Delphine Perrault

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