Science

En Ariège, 15 volontaires ont été enfermés pendant 40 jours dans une grotte pour une expérience scientifique sans précédent

Le projet «Deep Time», conçu par l’explorateur Christian Clot, vise à étudier l’adaptabilité d’un groupe d’individus confinés sous terre, sans aucune notion de temps.

Quinze personnes ont été enfermées sous terre pendant quarante jours. Ce n’est pas le nom d’une nouvelle émission de télé-réalité mais d’une expérience scientifique baptisée “Deep Time”. Depuis dimanche, quatorze volontaires ont été enfermés sous terre pendant un mois et demi, dans la grotte de Lombrives, en Ariège. Ils sont soutenus par le concepteur de cette mission, L’explorateur franco-suisse Christian Clot, également fondateur de Institut d’adaptation humaine, organisme réalisant ce projet en collaboration avec le Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) ou la Société des Explorateurs Français.

L’explorateur et ses équipes ont démarré ce grand projet en seulement quatre mois. «À la suite des limites et restrictions liées à Covid, nous avons mesuré avec notre studio Covadapt que près de 40% des gens ont perdu la notion du temps ou de la capacité de planifier à long terme. Nous avons donc voulu mesurer l’adaptation des gens aux changements profonds », avance Jérémy Roumian, directeur des opérations de l’Institut d’adaptation humaine, interviewé par Le Figaro. Le projet fait partie du programme Les principales missions d’adaptation, imaginé par Christian Clot pour étudier l’adaptation d’un groupe dans quatre environnements extrêmes. La première mission devait commencer en 2020, mais a finalement été reportée en raison de la pandémie.

Des bénévoles coupés du monde

Cependant, les frontières et restrictions ultérieures mises en place pour lutter contre Covid-19 ont donné de nouvelles idées à l’explorateur, habitué à ce type de défi. «Dans un contexte extrême, avec un nouveau mode de vie, nous ne savions évidemment pas très bien, en tant que groupe, comment répondre aux impacts causés par ces changements», écrit Christian Clot le site “Deep Time”. L’expérience vise à en savoir plus sur les liens “de notre cerveau au temps et à la synchronicité au sein d’un groupe ».

Pour cela, sept femmes bénévoles et sept hommes, en plus de Christian Clot, ont alors accepté de s’enfermer dans une grotte dans l’obscurité totale et sans aucune notion du temps puisque les participants n’ont ni téléphone ni montre et ne peuvent voir le soleil. Parmi eux, un biologiste, un moniteur de voile, un bijoutier, un chômeur ou une infirmière. «C’est un groupe mixte et mixte. Ce ne sont pas des spécialistes des conditions extrêmes et difficiles et viennent d’horizons professionnels différents, c’est très diversifié “, complète Jérémy Roumian. Difficulté supplémentaire, le groupe devra s’habituer aux 12 degrés et à l’humidité du lieu (95%), mais aussi à générer sa propre électricité grâce à un système de pédalo. En termes de nourriture, les participants seront autonomes. Soixante jours de nourriture sont prévus “Pour qu’ils n’aient aucune indication du temps écoulé”, précise Jérémy Roumian.

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Les quatorze volontaires «Deep Times» aux côtés de Christian Clot. GEORGES GOBET / AFP

Pour l’occasion, trois salles ont été aménagées dans la grotte de Lombrives, la plus longue d’Europe. “Tout d’abord, nous avons créé un espace dédié à la vie, où les participants peuvent cuisiner et discuter, détaille Jérémy Roumian. Ensuite, ils disposent d’un espace dédié au sommeil, un autre de «silence absolu» et enfin, enfin, un abri scientifique où ils peuvent effectuer tous les protocoles nécessaires ». Le directeur des opérations pense qu’ils devront effectuer environ “Deux heures de travail scientifique par jour”.

L’entrée de la grotte de Lombrives utilisée par les 14 volontaires le 14 mars. GEORGES GOBET / AFP

Quels objectifs scientifiques?

Car, il ne faut pas l’oublier, l’expérience a une finalité scientifique puisque dix équipes – neurobiologistes, psychologues, généticiens ou chercheurs en neurosciences – attendent patiemment les données récoltées lors de ce séjour sous terre. Chaque équipe travaillera seule avant de croiser les données avec les autres chercheurs. “Il n’y a pas de surveillance de l’extérieur de la grotte, souligne Jérémy Roumian. Toutes les données sont collectées sur place et seront récupérées à la sortie. L’équipe de surface a trois fonctions: surveiller l’accès au site, une fonction de sécurité d’urgence et également gérer l’extraction de tous les déchets via un sas. Tous les déchets produits dans la grotte sont ensuite mis en un seul endroit, puis nous les sortons pour les traiter tous les deux jours environ. “

Au total, «Deep Time» a pu bénéficier d’un financement d’un montant de 1,2 million d’euros de partenaires publics et privés et de fonds de l’Institut pour l’adaptation humaine. Plus de 4000 tonnes de matériaux ont été installés dans la grotte pour créer des conditions de vie décentes, quoique basiques, et pour mener à bien les travaux scientifiques nécessaires. «C’est un défi d’installer tout cela en si peu de temps, c’est un défi technique, estimation de Figaro Quentin Montardit, chercheur en neurosciences à la tête de l’un des groupes de travail. Nous avons essayé de former certains sujets afin qu’ils puissent devenir des expérimentateurs et prendre les données pour nous. Tout devait être prêt le plus loin possible. Parce que si nous avons le moindre bug sous terre et que personne dans l’équipe de volontaires ne peut le réparer, c’est tout. Puisque nous ne pouvons pas intervenir avec le risque de compromettre l’expérience. “

Études de Quentin Montardit “Signature spéciale” Quel “Stress de survie” peut causer chez l’homme. Le chercheur est convaincu que tout le travail effectué permettra de trouver “Contre-mesures visant à aider les personnes en situation de confinement extrême afin de réduire la charge négative”. Une étude qui pourrait ensuite être utilisée pour des programmes spatiaux, par exemple. “Nous effectuerons également des tests à long terme pour voir comment les volontaires se réadaptent après avoir subi un tel stress, Il explique. Je suppose qu’il y aura plus de stress pendant cette expérience, surtout lorsque le sommeil est perturbé. Cependant, je pense que cela se corrigera quand les sujets auront repris une vie normale. “

Une “première mondiale”

Une fois le défi remporté, “Je pense que nous avons une bonne année de travail juste pour analyser les données”, Ainsi évalue Frédérique Magdinier, directrice de recherche à l’Inserm au Centre de Génétique Médicale de Marseille (MMG). Avec son équipe, il étudiera “Comment l’expérience et le fait d’être coupé du monde peuvent affecter les paramètres épigénétiques.” Selon la définition de l’Inserm, l’épigénétique correspond à “L’étude des changements dans l’activité des gènes, qui n’impliquent pas de modification de la séquence d’ADN”. Pour le chercheur, cependant, il sera difficile de réaliser “Un parallèle immédiat” avec les situations d’emprisonnement vécues par la population française puisqu’il s’agit d’un cas d’emprisonnement dans des conditions extrêmes, dans la clandestinité, dans l’obscurité et sans notion de temps. “D’un autre côté, il pourrait être utilisé pour des missions spatiales, par exemple, parce que les données sont plus comparables”, observe-t-il.

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Selon le professeur Etienne Koechlin, directeur du laboratoire de neurosciences cognitives et computationnelles de l’ENS et membre du projet, “Cette expérience est une première mondiale”. Ce type d’emprisonnement n’est cependant pas nouveau, puisqu’en 1962, le spéléologue Michel Siffre est descendu dans les abysses de Scarasson, en Italie, pour un isolement de deux mois sans notion de temps. Depuis, de nombreux scientifiques ont répété l’expérience. Le professeur, interrogé par l’AFP, le souligne cependant «Jusqu’à présent, toutes les missions de ce type avaient pour objectif l’étude des rythmes physiologiques du corps, mais jamais l’impact de ce type de rupture temporelle sur les fonctions cognitives et émotionnelles de l’être humain». Cette fois, c’est un groupe coupé du monde, et non un seul individu, qui devra apprendre à évoluer dans un environnement extrême.

Delphine Perrault

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