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Éviter à tout prix le confinement, l’équation difficile à résoudre pour le gouvernement

C’était donc in extremis, le 31 août, avec une mise en œuvre débutant le lendemain: la présentation aux partenaires sociaux par Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Intégration, deun document non publié, le “Protocole national pour la protection de la santé et de la sécurité des salariés de l’entreprise face à l’épidémie de Covid-19”.

Ceci est la traduction pratique du gouvernement deun avis du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), du 14 août et qui a mis à jour les connaissances sur la transmission du virus SRAS-CoV-2 par aérosol. Cet avis fait suite à une lettre ouverte à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) par 239 scientifiques internationaux, le 4 juillet 2020, proposant le reclassement de ce virus dans le groupe de ceux “Transmission d’air”. Et l’OMS demander à tous ses membres “Tenir compte de l’éventuelle transmission par aérosol du virus et des mesures qui en découlent”. Ceci est une preuve supplémentaire de la nature évolutive des questions et des données médicales et scientifiques.

Règles “systématiques” à géométrie variable

Parmi les nouvelles recommandations du HCSP, on peut souligner: << Port systématique par la population générale d'un masque pour le grand public (de préférence en tissu réutilisable) dans tous les lieux collectifs publics et privés fermés ainsi que dans le cas de rassemblements à forte densité de personnes à l'extérieur afin de limiter l'émission de particules respiratoires ". Traduction du ministère du Travail: un protocole qui «Rendre systématique le port du masque dans les espaces partagés et fermés dès la rentrée scolaire». C’est un document édifiant. Elle témoigne de la difficulté rencontrée par le gouvernement pour concilier les impératifs sanitaires et le caractère essentiel voire vital de la reprise du travail pour des impératifs économiques et sociaux évidents.

“Systématique” cela semble un peu excessif. Ce protocole prévoit également des dérogations et autres adaptations. D’une part, il s’agit de prendre en compte la diversité des organisations et des milieux de travail; la diversité de la circulation du virus dans les territoires, cependant. Encore une fois, sous couvert d’un nouvel avis du HCSP, le gouvernement a précisé deux cas pouvant faire l’objet d’une dispense de port de masque: “Quand l’employé travaille seul dans son bureau.” Et quand le lieu où s’exerce la profession est “Et j’étudie”, où les employés “Un effort physique plus intense que la moyenne est souvent requis.” Et à condition que les conditions de ventilation et d’aération soient garanties. Enfin, le nombre de personnes présentes dans la zone de travail est limité.

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Cet assouplissement s’applique également aux bureaux partagés. (“Y compris les espaces ouverts”): un salarié qui se trouve sur son lieu de travail aura le droit de retirer temporairement son masque, du moins si un certain nombre de critères sont remplis, qui varient selon le niveau de circulation du virus dans le service. Cependant, il reste “Exclus du retrait permanent du masque toute la journée”.

Ce n’est pas tout: pour des activités qui seraient incompatibles avec le port d’un masque (“Par exemple, pour des interventions orales ou des discours publics limités dans le temps, dans des espaces confinés respectant les mesures organisationnelles définies”), le ministère poursuit le dialogue avec les partenaires sociaux pour définir des solutions. Le ministère encourage les entreprises “Spécifier les conditions d’application”. Où nous prenons la mesure de l’élasticité des mesures “Systématique” le principe …

Faisant écho à celle du ministre du Travail, la tâche de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, est d’une complexité encore plus grande. Encore une fois, il s’agissait de traduire les recommandations des experts afin qu’elles puissent être mises en pratique dans toutes les écoles et établissements d’enseignement, définissant les différentes procédures à suivre en cas de découverte d’un cas de Covid-19 (ou d’infection par le virus SRAS-CoV-2) chez les étudiants ou chez les enseignants.

Retour à l’école à partir de 1est Le mois de septembre s’est déroulé sous le signe de l’obligation de masques pour les plus de 11 ans, même à la cantine. | Damien Meyer / AFP

Que ce soit pour les entreprises, les écoles et les universités, les nouvelles règles ont évidemment été difficiles à définir. Nul doute qu’ils seront également difficiles à appliquer parfaitement dans le temps (dont rien n’a été dit). Cependant, toutes ces mesures (ainsi que l’extension progressive de l’obligation de porter un masque à l’extérieur) visent clairement un objectif global. Un objectif auquel l’opinion publique adhère largement. La population française partage l’idée que tout doit être fait pour éviter, dans la mesure du possible, les recentrages, qu’ils soient imposés à une ville, un département, une région ou fortiori. niveau national. Personne n’est prêt à revivre l’expérience de la quarantainea dû imposer le gouvernement du 17 mars au 11 mai.

Une situation sombre qui complique le processus décisionnel

Nous rappelons que cette mesure a été décidée par l’exécutif “Peu importe ce que ça coûte”, reprendre la formule est devenu célèbre par Emmanuel Macron. Il s’est donc retrouvé, face à une augmentation rapide et alarmante du nombre de cas de Covid-19, à faire des choix drastiques pour éviter, en priorité, une surcharge de capacité hospitalière en réanimation. Le coût final de cette politique reste à évaluer, mais tout indique qu’elle sera considérable, laissant des conséquences économiques et psychologiques durables.

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Désormais, tout est plus clair: même si l’activité virale se développe à nouveau de manière non négligeable (Santé publique France décrit une “Progression exponentielle”), les “Quel que soit le prix” depuis mars dernier, il n’est plus d’actualité. Le 27 août, à l’occasion d’une conférence de presse dédié à la reprise de l’épidémie et au retour à l’école, le Premier ministre Jean Castex a souligné combien il était compliqué d’anticiper l’évolution de la situation sanitaire en s’appuyant sur des mesures restrictives protégeant les libertés publiques et personnelles. “C’est tout le sel de cette gestion de crise, il a déclaré. Anticiper, oui, mais il faut aussi accumuler des données épidémiologiques pour fonder légalement la mesure “.

Jean Castex lors de sa conférence de presse à Matignon le 27 août 2020. | Christophe Archambault / Piscine / AFP

En fait, aujourd’hui, les difficultés de l’exécutif sont principalement dues à la situation épidémiologique qui, comme dans le reste de l’Europe, est sans précédent et paradoxale. Sans précédent, car nous n’avons jamais eu un appareil de surveillance aussi fin au niveau moléculaire d’une maladie infectieuse à une si grande échelle –les technique dite “PCR»Détecte la présence du génome du virus. Paradoxal, car depuis début août il y a une épidémie de tests PCR positifs sans pour autant que ce phénomène s’accompagne d’une augmentation significative du nombre de cas de Covid-19, d’hospitalisations, de soins intensifs et de décès prématurés.

La situation a soudainement changé sans pouvoir l’expliquer. C’est à mille lieues de celui de mars dernier, caractérisé par des taux de mortalité élevés. Il faut reconnaître que l’épidémiologie ne peut pas encore expliquer clairement ce paradoxe, qui complique considérablement le processus de décision de la santé et des pouvoirs publics. Pourquoi la résurgence de l’épidémie de cas confirmés est-elle si dissociée de la morbidité et de la mortalité graves? Moins de virulence que le SRAS-CoV-2? Cela ne convainc en rien la communauté scientifique. C’est une forme croissante de “immunité croisée“Ou la progression vers un”immunité collective“? Ce ne sont encore que des hypothèses.

Une vigilance accrue des aînés à risque pourrait certainement aider à comprendre pourquoi la jeunesse qui a été contaminée pendant l’été, sans que cette transmission virale n’atteigne les tranches d’âge supérieures. Mais, même dans ce cas, l’argument reste aussi fragile qu’hypothétique.

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Reconfirmer, une arme de dernier recours

Nous pouvons également regarder au-delà. Ce qui est aujourd’hui perçu comme un paradoxe pourrait aussi être l’expression d’un processus épidémique classique, mais que nous découvrons avec les techniques modernes de diagnostic moléculaire. On peut imaginer que toutes les grandes vagues épidémiques de maladies respiratoires infectieuses (comme la grippe saisonnière) commencent par un important «ensemencement viral» de la population suivi d’une circulation intense dans la communauté, tout en restant cliniquement sourd. Si cette dernière hypothèse était vraie, alors nous serions peut-être au bord d’une puissante vague épidémique, qui suivrait la trêve d’été et qui prendrait toute son ampleur au début de la saison froide, probablement à l’automne, dans toute l’Europe et peut-être dans toutes les zones tempérées de l’hémisphère nord.

Face à tant d’incertitudes, on comprend encore mieux la complexité de la tâche des pouvoirs exécutifs ainsi que les désaccords et contradictions entre experts. Imposer un nouvel isolement strict de tout le pays et refuser d’ouvrir des écoles serait peut-être la meilleure solution pour faire face à cette vague possible et éviter de nombreux décès à venir. Mais personne ne peut dire avec certitude l’éruption de cette deuxième vague.

La grande question est de savoir quand utiliser le confinement.

L’Australie n’a pas hésité reconfigurer très strictement la région de Melbourne (5 millions d’habitants), dans l’état de Victoria, quand elle a eu plus ou moins la même expérience au milieu de son hiver (la séquestration a été décrétée le 2 août et reste en vigueur au moins jusqu’à mi-septembre ). Avec succès. pays européens les plus touchés aujourd’hui, en raison de cette augmentation rapide et brutale des cas, l’Espagne, la France, les Pays-Bas et la Suisse, entre autres, sont confrontés à un choix difficile: imposer des mesures fortes qui ne sont pas sans impact sur la vie sociale et économique. Ou tergiverser au mieux, en espérant que les hypothèses les plus optimistes de moindre virulence ou d’immunité protectrice des classes à risque se traduiront bientôt dans la réalité.

La reconfirmation est une arme de dernier recours: la grande question est de savoir quand l’utiliser. Il convient également de rappeler que les grandes agences internationales de santé ne fournissent aux États aucun aperçu ni aucune recommandation sur ces questions essentielles. Chaque pays doit décider du contrôle de ses frontières et de la protection de sa propre population. On le comprend mieux quand, faute de chef d’orchestre, on observe une grande cacophonie face à une seule menace virale.

Cunégonde Lestrange

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