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FOOTBALL: Passer de 20 à 18 clubs en Ligue 1, pour quels avantages?

C’est un vieux serpent de mer qui remonte parfois à la surface dans le football français. L’idée de passer de L1 à 18 équipes est de retour dans les débats de ces jours. “Ce que nous vivons est une opportunité de repenser notre modèle”, a justifié le nouveau président de la LFP Vincent Labrune, interrogé par le Journal du dimanche. Ce projet revient pour relancer le football français, tourmenté par le conflit avec Mediapro et si décevant en Coupe d’Europe. Mais si l’apport de ce type de révolution est assez évident en termes de calendrier et de rythme pour les équipes, est-il aussi évident économiquement?

L’hypothèse d’une classe d’élite coupée de deux membres a cependant quelque chose à séduire. Il y aurait moins de clubs pour partager les talents. Et surtout le produit des droits de télévision, cette fortune si précieuse pour les résidents d’élite. Clairement, pour être mieux équipé pour être plus compétitif face aux autres clubs des ligues européennes. “Il me semble extrêmement risqué d’estimer que l’on conservera la taille du gâteau telle quelle en réduisant le nombre de clubs”cependant, prévient l’économiste Pierre Rondeau, qui se rend compte à juste titre que le nombre de jours diminuera et que le «produit L1» serait donc dégradé. “Pour moi, une telle option ne pourrait être envisagée qu’à partir de 2024, date à laquelle les nouveaux droits de télévision seront mis en vente. Sinon, les diffuseurs auraient le droit de renégocier le contrat à la baisse”.

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“Une augmentation de la qualité et de l’incertitude”

Noël Le Graët, président de la FFF, l’a également prévenu Le groupe qu’il faudrait réaliser “une étude financière et un interrogatoire sur les chaînes de télévision. Cela signifie encore moins de jeux”. Mais d’un point de vue économique, réduire le nombre de clubs n’est pas forcément mauvais et forcément synonyme de baisse de revenus. Loin de là. “Il peut y avoir une augmentation de la qualité et de l’incertitude qui suscitera de l’intérêt”, estimations pour l’AFP Christophe Lepetit, économiste du sport. Et cela ne s’applique pas uniquement aux droits télévisuels.

Anthony Lopes intervient devant Denis Bouanga pendant OL-AXIS

Crédits: Getty Images

Vincent Chaudel dresse ainsi un portrait assez intrigant de ce tableau d’une L1 à 18 clubs. En 2006, il analyse avec son entreprise l’effet inverse suite à une demande de la Bundesliga qui remet en question la possibilité d’une expansion: l’impact d’un passage de 18 clubs à 20 sur la base de l’expérience de la France au début de la Les années 2000. Et avoir 18 ans est devenu un avantage indéniable. “Passer de 18 à 20 signifie organiser deux autres matchs à domicile, soit 10% de matchs en plus. Cela crée un coût d’organisation. Mais cela ne signifie pas une augmentation de 10% des revenus. Beaucoup moins, explique le fondateur de l’Observatoire du Sport Business. Lorsque vous passez de 18 à 20, ajoutez deux petites allumettes, pas deux amortisseurs. Donc, vous n’augmentez pas les abonnements ou les box de 10% … De plus, divisez les droits TV en 20 au lieu de 18. Donc, passer de 18 à 20 c’est moins d’argent pour les clubs. ” Suivant cette logique, aller dans l’autre sens et aller dans 18 clubs rapporterait plus d’argent à la caisse.

L’exemple du rugby

“Pour le PSG, Marseille ou Lyon, qui peuvent récupérer entre 500 000 et deux millions d’euros par match, c’est une défaite.”, observe cependant Pierre Rondeau. “C’est un serpent de mer, une légende, un mirage de croire que l’on peut gagner une Champions Cup grâce à un passage à 18 équipes. Il est illusoire de penser que cela se passera en imitant les Allemands, qui ont un modèle économique différent”. Ce n’est certainement pas la solution miracle pour “élever le football français”, comme l’espère Didier Deschamps. Mais à l’heure où certains clubs français sont au bord de la faillite, cela pourrait être le bienvenu, voire rentable.

Vincent Labrune, nouveau président de la LFP

Crédits: Getty Images

“Il vaut mieux être vivant en Ligue 2 que mort en Ligue 1”estime Vincent Chaudel, pour qui la crise actuelle est le moment idéal pour changer les lignes. “C’est en temps de crise que nous pouvons prendre des décisions que nous remettons toujours au lendemain. Les gens peuvent écouter parce que c’est pour la survie de tous.”. Pour le fondateur de l’Observatoire du Sport Business, ce passage à 18 clubs en L1 ne peut être imaginé sans un soutien efficace des clubs descendants et d’une L2 à 22 clubs. “Pour monter à 18 ans, il faut rassurer les clubs que demain sera meilleur qu’aujourd’hui à 20 ans. Sinon, on fait peur à tout le monde.”dit-il, bien conscient que certains clubs peuvent se sentir menacés par une élite étroite.

«Avec l’entreprise, nous avions accompagné Serge Blanco dans la transformation du rugby. Nous l’avions aidé à passer de 21 à 16 puis à 14, dit Vincent Chaudel. Lorsque vous avez 21 clubs, vous devez expliquer à cinq clubs qu’ils seront meilleurs en deuxième division qu’en première. Il est difficile. Mais avec le recul, c’est la réalité. Les clubs qui vivaient en première division et avaient du mal à joindre les deux bouts se sont tranquillement installés dans la Pro D2, avec une économie qui leur a permis de se construire au fil du temps. Le message n’est pas facile à transmettre “. Clairement, le travail de longue haleine commence si Vincent Labrune va vraiment essayer de convaincre tous les avantages de cette option.

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Delphine Perrault

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