Science

“Le tissu adipeux servirait de réservoir pour les virus”

Le Dr Muriel Coupaye, endocrinologue à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine) et de la Pitié-Salpêtrière (Paris), préside l’Association française d’étude et de recherche sur l’obésité (Afero).

Que savons-nous jusqu’à présent du risque posé par l’obésité dans le développement d’une forme sévère de Covid-19?

Il n’est pas officiellement prouvé que l’obésité augmente le risque d’être infecté par le SRAS-CoV-2, cependant, il est démontré qu’en cas d’infection, l’obésité augmente le risque de développer une forme sévère de Covid-19, avec une gradation presque linéaire de un indice de masse corporelle [IMC, indicateur de corpulence en fonction du poids rapporté à la taille] à 30.

Depuis mars 2020, les médecins spécialistes de l’obésité ont été avertis du risque par les réanimateurs, pour qui il n’est pas normal d’avoir autant de patients obèses dans leur lit. Très rapidement, des études ont pu montrer que la prévalence de l’obésité était élevée, entre 40% et 50% en USI, et que l’obésité augmentait également le risque. [d’avoir besoin d’être placé sous] ventilation mécanique.

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Au départ, les autorités sanitaires avaient établi un facteur de risque à partir d’un IMC sur 40, raisonnement par analogie avec la grippe H1N1 de 2009. Mais l’ampleur de l’épidémie en 2009 n’était pas la même. Plusieurs acteurs, dont Afero, se sont mobilisés pour abaisser le seuil d’IMC considéré à risque de forme sévère de 40 à 30, qui a été mis en place fin avril 2020.

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Pour le risque de décès, de nombreuses études ont montré qu’il passe surtout d’un IMC à 40. Mais le premier facteur de risque, avant tous les autres, est l’âge de l’enfant patient.

Quels mécanismes expliquent ce risque?

Il y en a beaucoup et ce sont essentiellement des hypothèses, il n’y a pas d’études qui les valident parfaitement. Dans le tissu adipeux, le nombre de récepteurs ACE2 est élevé. Cependant, c’est sur ces récepteurs cellulaires que se fixe la protéine de pointe. [la clé d’entrée du SARS-CoV-2 dans l’organisme]. Le tissu adipeux servirait alors de réservoir pour les virus.

L’obésité entraîne également un manque d’immunité. Il est établi depuis longtemps que les personnes obèses sont plus fragiles – par exemple, le vaccin antigrippal fonctionne moins bien pour elles. Les raisons de ce manque d’immunité ne sont pas encore très claires.

L’obésité s’accompagne d’une inflammation de bas niveau. Lorsqu’il y a une infection par le SRAS-CoV-2, elle peut favoriser la tempête de cytokines, qui est le système immunitaire emballé qui peut passer à une forme sévère. Ce qui émerge, c’est aussi le microbiote. Certaines personnes ont un microbiote pathologique et une barrière intestinale plus perméable, ce qui favorise le passage du virus dans l’intestin, par une porte digestive, mais ce n’est qu’une hypothèse.

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Delphine Perrault

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