La technologie

Le village normand dit non au projet Internet par satellite d’Elon Musk

La société SpaceX souhaite installer neuf dômes, des antennes de 3 mètres de haut à Saint-Senier-de-Beuvron, un village normand de 350 habitants, qui doit fournir internet à partir des satellites privés que le milliardaire met en orbite. Mais le conseil municipal a dit non.

Elon Musk, directeur de Tesla et SpaceX, le 1er décembre 2020 à Berlin. (PISCINE / BRITTA PEDERSEN)

Elon Musk, directeur de Tesla et SpaceX, le 1er décembre 2020 à Berlin. (PISCINE / BRITTA PEDERSEN)

Le projet Starlink ne convainc pas Saint-Senier-de-Beuvron, un village de la Manche de 350 habitants. Lancé par SpaceX, dirigé par Elon Musk, ce projet global vise à livrer Internet via les satellites privés que le milliardaire met en orbite.

En France, Starlink a demandé quatre stations. L’Agence nationale des fréquences (ANFR) en a autorisé trois à Saint-Senier, Villenave d’Ornon (Gironde) et Gravelines (nord).

Saint-Senier est le seul à avoir dit non. SpaceX souhaitait installer neuf dômes et antennes de 3 mètres de haut sur un terrain agricole à vendre de 3 hectares. Le 7 décembre, la mairie a émis un “ordre d’opposition” à la demande de construction de ces dômes. Cette “déclaration préalable” provient de la société Sipartech, sous-traitant de SpaceX selon la mairie. Demandé par AFP , Sipartech a indiqué qu’elle présenterait une nouvelle demande. Il ne confirme ni ne nie travailler pour SpaceX.

“Par précaution, le conseil municipal a dit non, lors d’une réunion sans vote. Ce projet est tout nouveau. Nous n’avons aucun recul par rapport à son “impact sur la santé , raconte Noémie Brault, 34 ans, première assistante sans étiquette dans cette ville située à 18 km à vol d’oiseau du Mont-Saint-Michel. “Cela nous inquiète car nous n’avons pas de données” sur les conséquences possibles “sur la santé humaine ou animale. Nous sommes un pays avec de nombreux agriculteurs”, poursuit Mme Brault, elle-même agricultrice. Et “quand on voit qu’il (Ndlr Elon Musk) veut implanter des puces dans le cerveau des gens, c’est effrayant”, dit-il.

Selon l’ANFR, ces stations de communication ne transmettent que vers le ciel et ne présentent pas de risque pour la population. Il y en a eu quelques-uns (une centaine en France) depuis la création des satellites il y a 50 ans.

“Nous sommes toujours connectés”

«Les risques des champs électromagnétiques, on les voit déjà avec des lignes à très haute tension (THT) qui perturbent de nombreuses exploitations agricoles de cette zone», ajoute François Dufour, conseiller régional d’EELV. Cet agriculteur à la retraite souligne sa «grande inquiétude» face à ce projet «inutile». Le lien de causalité entre ces champs magnétiques et la maladie de la vache est débattu . Plusieurs procédures sont en cours.

“Les réseaux sociaux, Internet, existe déjà, pourquoi aller le chercher sur la lune”, ajoute ce natif de Saint-Senier.

Le producteur laitier dont les vaches paissent dans les champs convoités d’Elon Musk, Jean-Marc Belloir, 57 ans, confirme: “A la ferme, on est toujours connectés. Mes vaches sont connectées. Ma montre connectée m’alerte quand elles mettent bas Mais quand on voit le rayonnement (ndlr) de ces antennes, il serait encore nécessaire de faire des “études d’impact”, a précisé le fermier.

M. Belloir craint “une baisse de la production laitière”, accusé d’être à l’origine du THT. Cela n’a pas empêché le fermier de baptiser en plaisantant un veau né mardi “SpaceX du Beuvron”, du nom de la rivière qui traverse paisiblement le pays.

Installée depuis 15 ans avec son mari et ses enfants de 10 et 12 ans à 60 m du terrain d’intérêt Starlink dans une “ruine entièrement rénovée”, Anne-Marie Falguières, 40 ans, est “clairement contre” le projet.

“Nous n’attaquons pas Elon Musk. Nous ne sommes pas technophobes. Je suis guide dans la baie; j’ai un site Web. Mon mari télétravaille. Mais ces antennes sont complètement nouvelles en France de toute façon. Nous voulons savoir s’il y a danger ou non. », explique-t-elle. Même Mme Falguières s’inquiète de l’impact visuel.

Le projet Starlink, qui promet la disparition des zones blanches, ne lui paraît pas “essentiel”. «Pendant l’opération d’essai, vous avez dû acheter une assiette pour 500 $ et payer un abonnement de 100 $ par mois. Je ne pense pas que tout le monde puisse se le permettre», souligne-t-il. L’ANFR a promis des mesures d’impact.

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Cunégonde Lestrange

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