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Les conséquences du réchauffement climatique en montagne: moins de neige, retrait des glaciers

De Cyrille DUCHESNEmétéorologue

Le constat est clair … Au cours des dernières décennies, la durée de l’enneigement en montagne a considérablement diminué au fur et à mesure que les glaciers reculent sous l’effet de la hausse des températures. Si la variabilité climatique explique pourquoi certaines saisons sont plus enneigées que d’autres, la diminution à long terme de la couverture neigeuse ne peut s’expliquer que par la hausse des températures.

Pourquoi la montagne est-elle particulièrement touchée par le réchauffement climatique?

Le réchauffement climatique observé dans les régions de montagne est en effet plus important que dans les zones de plaine. Cela est dû à la réduction progressive des zones couvertes de neige et de glace qui reflètent le rayonnement solaire. Lorsque ces zones sont libérées et cèdent la place à des zones rocheuses, la chaleur est stockée au lieu d’être renvoyée dans l’atmosphère. A l’échelle des Alpes, l’augmentation annuelle de la température était de 2 ° C au cours du XXe siècle, alors qu’à l’échelle française elle était de 1,4 ° C.Le réchauffement observé est en augmentation depuis les années 1980 avec une augmentation de la température courant de 0,5 ° C par décennie. Cette augmentation équivaut à la différence de température observée entre deux altitudes séparées par 100 m de dénivelé. A cette vitesse il faudra donc monter 100 m d’altitude tous les 10 ans pour rester dans les mêmes conditions de température.

Combien de temps les stations de moyenne montagne continueront-elles à proposer des activités de sports d’hiver tout au long de la saison?

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Par conséquent, la période de neige au sol est réduite à n’importe quelle altitude. Dans le massif du Mont-Blanc, la durée du manteau neigeux à moyenne altitude a été réduite de près d’un mois depuis les années 1970. Si la production de neige artificielle permet à certains endroits de compenser le manque de neige naturelle, elle nécessite de grandes réserves d’eau pour le produire. Dans un contexte où l’utilisation des ressources naturelles occupe une place de plus en plus importante dans l’approche des gares, cela pose de nouveaux problèmes. De plus, l’élévation des températures réduit également la durée d’utilisation des enneigeurs puisque la température doit être inférieure ou égale à -2 ° C pour produire cette neige artificielle.

– Pourquoi l’enneigement est-il si aléatoire d’une saison à l’autre?

La variabilité du manteau neigeux d’une saison à l’autre est le résultat de la variabilité naturelle du climat dans nos régions tempérées. Certaines saisons comme les hivers 2012-2013 et 2017-2018, les flux océaniques d’ouest en nord-ouest accompagnés d’air frais et humide dominent et permettent une bonne couverture de neige en montagne à n’importe quelle altitude. Lorsque les régimes du sud au sud-ouest sont fréquents, les températures sont très douces et seules les stations avec un domaine skiable de haute altitude bénéficient de la neige (Tignes, Les deux Alpes, Val-Thorens…). Enfin, certains hivers (2010-2011, 2013-2014), les anticyclones prédominent et les perturbations sont peu fréquentes donc la neige est rare à n’importe quelle altitude …

A partir de quelle altitude les stations sont-elles hors de danger?

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Actuellement, les stations avec un domaine skiable suffisant au-dessus de 1 800 mètres sont celles qui font le mieux et qui sont pour le moment hors de danger. Même ceux situés à des altitudes plus basses, mais qui ont suffisamment investi dans la production de neige artificielle, sont capables de fonctionner correctement. On peut citer le cas de certains endroits des Alpes du Sud où les pluies sont beaucoup moins abondantes que dans la partie nord du massif alpin (Risoul, Orcières-Merlette, Montgenèvre, etc.).

La neige artificielle est-elle une alternative viable?

La neige artificielle est une alternative valable à court terme car elle permet de compenser le manque de neige naturelle dans un contexte de chauffage encore limité à 2 ° C depuis le début du 20ème siècle. UNEVers 2050, si le réchauffement atteint un scénario supérieur à 3 ° C, la neige artificielle ne suffira plus à compenser le manque de neige naturelle. De nombreuses stations de sports d’hiver ont déjà investi dans le développement d’activités en toutes saisons: parcs d’accrobranche, tyroliennes, luges sur rails, piscines couvertes, circuits de randonnées et circuits VTT … des stations pour pallier le manque de neige et les vacanciers ont un large éventail d’activités de loisirs.

– À quoi s’attendre d’ici la fin du siècle?

Les projections climatiques produites à l’aide de différents scénarios de teneur en gaz à effet de serre dans l’atmosphère utilisés par le GIEC indiquent L ‘d’ici 2050, une réduction de la durée de la neige de plusieurs semaines et une réduction de l’épaisseur moyenne hivernale de 10 à 40%, en moyenne montagne. << D'ici 2100, en cas de fortes réductions des émissions de gaz à effet de serre et de l'atteinte de la neutralité carbone planétaire d'ici 2050, les simulations indiquent une stabilisation des conditions de neige au niveau atteint au cours du demi-siècle. En cas d'émissions élevées, la réduction de l'épaisseur moyenne hivernale pourrait atteindre 80-90%, avec une durée de chute de neige très limitée, et un manteau neigeux régulièrement inexistant en moyenne montagne. "

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– La fonte des glaciers va-t-elle s’accélérer?

Dans la période 1970-2015, le glacier d’Argentière a perdu près de 20% de sa surface, la Mer de Glace près de 10% et Les Bossons environ 7%. Le rétrécissement est encore pire pour les petits glaciers à basse altitude. Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur le climat (GIEC) sur les océans et les zones gelées, publié en septembre 2019, indiquait que les glaciers de la planète, ceux à basse altitude dans les Alpes, le Caucase ou la Scandinavie pourraient fuir 80% de leur volume d’ici 2100 et beaucoup pourraient disparaître, même si le réchauffement est limité.

Delphine Perrault

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