Science

médecins face à un automne-hiver “sans précédent”, presque exempt des maladies habituelles

Lavez-vous les mains, tenez-vous à un mètre, évitez les câlins … Ces petits efforts ont évidemment de grandes conséquences sur le mal de l’hiver. Les gestes de barrière font désormais partie de nos habitudes et nous ont permis de limiter la propagation du Covid-19 mais ils montrent aussi leur efficacité sur les virus saisonniers, comme la grippe, la gastro-entérite et la bronchiolite. Du jamais vu des médecins généralistes et des pédiatres interrogés par franceinfo.

“Cette année, bien sûr, j’ai très peu d’influence”, observe Paul-Henry Rocca, médecin généraliste à Bordeaux (Gironde). Les données nationales confirment ce constat sur le terrain: à ce jour, elles sont présentes en France “seuls 10 virus grippaux détectés (9 dans les hôpitaux et 1 par le réseau de médecins Sentinelles) dans différentes régions, dont au moins 2 chez des personnes revenant d’un voyage à l’étranger”, indiquez Santé publique FranceAns dernier bulletin épidémiologique du 23 décembre, confirmant qu’il y a “pas de circulation active des virus grippaux”, contrairement aux années précédentes de la même période.

Nombre hebdomadaire d’échantillons positifs pour la grippe en France métropolitaine, & nbsp; entre 2017 et 2021. & nbsp; (SANTÉ PUBLIQUE FRANCE)

Il y a plusieurs raisons. “Il est lié d’une part à l’importante campagne de vaccination qui a eu lieu pendant Covid, car les patients avaient peur des conséquences qu’aurait l’association de cette maladie avec la grippe”, Analyse Paul-Henry Rocca. “Il y avait beaucoup d’encouragements à se faire vacciner [contre la grippe], avec le lourd argument que les services d’urgence étaient saturés et que si nos patients avaient de graves maladies pulmonaires, ils risquaient d’être moins bien traités “, explique Monica Mazigh-Benattar, médecin généraliste à Nice (Alpes-Maritimes).

“D’autre part, ajoute Paul-Henry Rocca, c’est la conséquence de toutes les mesures telles que les gestes de barrière, les masques, le lavage régulier des mains: cela réduit considérablement la contagiosité virale ».

«Nous avons une diminution des maladies infectieuses en général: beaucoup moins d’amygdalite, de maladie pulmonaire, de rhinopharyngite …

Paul-Henry Rocca

médecin généraliste à Bordeaux

La gastro-entérite, généralement fréquente, est devenue si rare que Paul-Henry Rocca soupçonne pour la première fois Covid-19 lorsqu’il voit arriver de jeunes patients ayant des problèmes digestifs. “Je prescrit beaucoup moins d’antibiotiques, ce qui est toujours bon pour le corps et la planète. Et la diminution de ces maladies infectieuses laisse un peu plus de temps pour combattre Covid”, observe le médecin.

Quant à la bronchiolite, cette maladie respiratoire qui touche les enfants de moins de 2 ans, la situation est encore plus spectaculaire. “En pédiatrie, ce que nous vivons n’a rien à voir avec les hivers précédents: c’est complètement nouveau”, explique Isabelle Claudet, responsable des urgences pédiatriques au CHU de Toulouse (Haute-Garonne). “Actuellement, nous avons en moyenne de 0 à 4 cas par jour, alors que nous en avons généralement entre 10 et 30. Je suis ici depuis vingt-cinq ans et je ne l’ai jamais vu”, explique le docteur, sentir qu’il a “entre 30 et 50% d’activité en moins sur les consultations”.

Il en va de même pour Elise Launay, pédiatre et infectiologue au CHU de Nantes (Loire-Atlantique), qui ne compte plus que quelques cas de bronchiolite, en marge. «D’habitude, on culmine un peu avant Noël et l’année dernière, en région parisienne, il y a eu une crise. On n’a cessé d’alerter, dans l’indifférence générale. On vivait ce qui s’est passé. Nos collègues. ils vivaient avec Covid, avec des enfants qui allaient aux gerbes tous les jours “, se souvient le médecin.

«Chaque hiver, nous pensons que l’épidémie de bronchiolite est un peu un destin pour nous pédiatres. En fait, nous voyons que ce n’est pas le cas: il suffit de se laver les mains et de prévenir.

Elise Launay, pédiatre et infectiologue au CHU de Nantes

vers franceinfo

Santé publique France le confirme “les chiffres restent faibles et bien inférieurs à ceux observés la même semaine les années précédentes”, dans son bulletin épidémiologique 23 décembre. “Cela nous permet de ne pas déprogrammer les interventions sur les autres enfants, comme nous le faisons habituellement à ce moment-là car le service est complètement saturé”, accueille Isabelle Claudet.

Visites d'urgence et hospitalisations pour bronchiolite en France métropolitaine pour les enfants de moins de 2 ans, entre 2018 et 2020. & nbsp; (SANTÉ PUBLIQUE FRANCE)

Les deux médecins concluent que le rôle des adultes dans la transmission de la bronchiolite – et peut-être d’autres virus respiratoires – est plus important qu’ils ne le pensaient. “On croyait que des frères ou sœurs aînés l’ont ramené à la maison mais on voit que les petits de la maternelle vont à l’école sans masque et il n’y a pas de renaissance de cette pathologie”, note Elise Launay. “Cela montre qu’il ne s’agit pas seulement de jouer dans une communauté à l’école, Isabelle Claudet précise, c’est aussi le fait que les adultes font attention, que les mères sortent moins, que les enfants sont moins touchés … “

Tous deux sont heureux de voir que de bonnes habitudes ont été adoptées dès leur plus jeune âge. «Les enfants de la maternelle ont vraiment pris le réflexe de se laver les mains: on voit des enfants se laver correctement les mains. Ce sera gagné pour les années à venir., Souligne Elise Launay.

“Si nous portions le masque dans les transports en commun lors d’une épidémie de bronchiolite, par exemple, il y aurait des milliers d’enfants de moins hospitalisés – ce n’est vraiment rien.”

Elise Launay, pédiatre et infectiologue au CHU de Nantes

vers franceinfo

A Bordeaux, Paul-Henry Rocca lui assure qu’il continue de se laver les mains autant qu’il le fait aujourd’hui “permettrait réduire durablement, voire définitivement, toute une série de pathologies infectieuses ».

READ  INFO OBS. Comment la réforme du lycée a eu la peau mathématique

Delphine Perrault

"Solutionneur de problèmes extrêmes. Chercheur avide de bacon. Écrivain maléfique. Geek du Web. Défenseur des zombies depuis toujours."

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer