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Mort de l’émir du Koweït, un homme de dialogue

Au pouvoir depuis 2006, l’émir du Koweït, âgé de 91 ans, Cheikh Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, est décédé mardi aux États-Unis. Il était hospitalisé depuis juillet outre-Atlantique, après avoir subi une opération dans son pays.

A la tête de ce riche pays pétrolier, Cheikh Sabah était une voix conciliante dans une région marquée par les divisions entre monarchies. C’est lui qui a joué le rôle de médiateur dans la guerre qui, depuis 2017, oppose le Qatar à ses voisins saoudiens et émiratis.

Situé à l’extrémité nord de la péninsule arabique, politiquement proche de l’Arabie saoudite, l’émirat du Koweït est un allié historique des États-Unis. En 1991, les troupes américaines, alliées à d’autres forces, ont chassé les soldats irakiens du Koweït, six mois après l’invasion de l’émirat par Saddam Hussein.

Sous le règne de Cheikh Sabah, le Koweït est resté discret, mais sa situation financière en a fait un acteur souvent incontournable sur la scène moyen-orientale. Cheikh Sabah est depuis longtemps à la tête de la diplomatie koweïtienne, un poste qui lui a permis de se familiariser avec tous les grands de ce monde et de jouer ce rôle de médiateur, plébiscité par tous. “C’était l’homme le plus fort du pays, observe l’ancien ambassadeur de France au Koweït, Charles Henri d’Aragon. Je l’ai rencontré en 1992 alors qu’il était ministre des Affaires étrangères, c’était un homme d’une grande expérience des affaires internationales, un homme sage, écouté et respecté. “

La rumeur de sa mort s’est déjà répandue mardi matin, lorsque le président du parlement et une poignée de députés ont soudainement quitté la chambre pour se rendre au palais al-Bayan, la résidence de l’émir. Puis, en début d’après-midi, la télévision et la radio d’Etat ont diffusé des chants coraniques, généralement signe de la disparition d’un dignitaire. Peu de temps après, le cheikh Ali al-Jarrah al-Sabah, ministre en charge du bureau de l’émir, a officiellement annoncé la mort du dirigeant koweïtien.

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En bons termes avec l’Iran

“Cet été, la famille avait pensé à le ramener de sa convalescence américaine pendant un certain temps, mais il a finalement abandonné, se confie à un diplomate occidental à Koweït. L’émir avait récemment été sous assistance respiratoire. “ Une partie de ses pouvoirs avait été transférée «temporairement» au prince héritier, son demi-frère, le cheikh Nawaf al-Ahmad al-Jaber al-Sabah. Le nouvel homme fort du Koweït, âgé de 83 ans, est en mauvaise santé après une chirurgie du cancer.

Le minuscule émirat du Koweït présente plusieurs particularités par rapport à ses voisins du Golfe. D’abord, la présence d’un vrai Parlement, le premier à avoir vu le jour dans le Golfe au début des années 1960. Un lieu où les concours oratoires sont épiques. Le Parlement aura son mot à dire dans la nomination du prochain prince héritier. Contrairement à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, le Koweït entretient des relations cordiales avec l’Iran, situé en face de son territoire, et la minorité chiite y est assez bien intégrée. «L’émir a pris soin de réunir les différentes composantes, chiites ou opposées, observe un expatrié sur place. Il a montré une grande solidarité avec les chiites lorsqu’une de leurs mosquées a été touchée par une attaque. “ Les groupes islamistes, salafistes et des Frères musulmans y sont également puissants. Enfin, dans un Golfe enclin à adoucir les yeux sur Israël, le Koweït reste le dernier bastion de la cause palestinienne, l’émirat n’étant pas prêt à établir des relations diplomatiques avec l’Etat juif, contrairement à ce qui s’en vient. faire les Emirats et Bahreïn.

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«Le regretté Emir était une personnalité cultivée, se souvient Charles Henri d’Aragon, il m’a envoyé sur les roses un jour où je lui ai envoyé une demande d’Alain Juppé, notre ministre des Affaires étrangères. «Sachez, Monsieur l’Ambassadeur, qu’en diplomatie on n’insiste jamais», a-t-il répondu «de sa voix douce. En 2015, l’ancien émir s’est vu décerner le titre de «leader humanitaire» par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. «Quelques mois après la mort d’un autre médiateur, le sultan Qaboos d’Oman, l’émir du Koweït quitte la scène alors que le Golfe fait face à sa plus grave crise diplomatique. Les anciens dirigeants partent les uns après les autres “Le spécialiste du Golfe, Quentin de Pimodan, note sur Twitter.

Benoit Béringer

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