Économie

Négociations explosives entre Paris et Bruxelles sur l’avenir d’EDF

Les négociations entre la France et la Commission européenne sur l’avenir d’EDF peinent à aboutir. – Louise MERESSE / SIPA

Complexes et politiquement explosives, les négociations entre la France et la Commission européenne sur l’avenir deEDF ils ont du mal à réussir alors que le temps presse.

Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, a été mandaté en 2018 par les pouvoirs publics pour proposer un plan de réorganisation de l’entreprise détenue à près de 84% par l’Etat. Ces propositions devaient être présentées fin 2019, mais l’échéance a été reportée car elle était soumise à la conduite de discussions entre la France et Bruxelles, notamment sur le nucléaire.

Le résultat “est incertain”

«Nous terminons les négociations», a assuré le ministre de la Transition écologique en novembre Barbara Pompili. Le but est “d’atteindre le plus rapidement possible”. Le temps presse, car cette éventuelle réforme devrait passer par une loi l’année prochaine, même si les syndicats craignent aujourd’hui de recourir aux ordonnances.

«Le gouvernement et le Commission européenne continuez d’échanger pour trouver un accord. Les discussions peuvent se poursuivre après le 31 décembre “, estime l’entourage du ministre. Mais” si ce n’est pas mûr, on ne le fait pas “, clame une autre source gouvernementale, prudente.

Du côté de la Commission, nous nous contentons de confirmer “les contacts en cours avec les autorités françaises sur la réforme de l’accès réglementé à l’énergie nucléaire”.

Les négociations “se sont intensifiées ces derniers mois” mais “nous ne sommes pas au bout”, souligne également la direction d’EDF dans un thème diffusé en interne. L’issue «est incertaine» car «les paramètres sont nombreux et instables», insiste le producteur d’électricité.

Amélioration de la production nucléaire française

Ce projet pourrait conduire à une scission d’EDF en trois entités: une entreprise publique (EDF bleu) pour centre nucléaire, un autre (EDF vert) coté en bourse pour la distribution d’électricité et d’énergies renouvelables et un troisième (EDF azur) qui couvrirait les barrages hydroélectriques.

Cette réorganisation aurait plusieurs objectifs. Premièrement, réévaluer la production nucléaire française en répondant aux exigences de Bruxelles sur la concurrence – un point sur lequel il n’y a toujours pas d’accord. Aujourd’hui EDF est contraint de vendre une partie de cette électricité à ses concurrents à un prix que le producteur juge trop bas.

Les pouvoirs publics souhaiteraient également que le FED «vert» finance le développement énergies renouvelables collecter de l’argent sur les marchés, malgré l’endettement élevé du géant de l’électricité.

Enfin, l’ancien dossier sur les barrages hydroélectriques a été associé à des négociations pour trouver une solution à un ancien différend avec la Commission, qui a ordonné il y a des années à la France d’ouvrir à la concurrence ses concessions expirées.

Les craintes des syndicats et de l’opposition

Officiellement côté gouvernement, cette réorganisation doit être réalisée au sein d’un groupe intégré avec une stratégie unique et des salariés de même statut. Mais les syndicats et une grande partie de l’opposition – à gauche et à droite – le voient
un risque de démantèlement.

Les députés socialistes, le PS et les sénateurs environnementaux ont déclaré leur intention de présenter une proposition de référendum d’initiative conjointe (RIP) contre le projet. Les syndicats EDF, très optimistes, ont également organisé plusieurs jours de grève bien suivi en compagnie.

Le Premier ministre Jean Castex a assuré qu’il ne voulait pas “démanteler cette grande entreprise nationale”, sans se rassurer.

“Beaucoup de tension sur ce sujet”

La réorganisation mettrait «EDF dans une situation très fragile», craint Virginie Neumayer, de la CGT EDF. “Le parc nucléaire le courant serait condamné à court terme dans le cadre du projet Hercule car il serait isolé des autres entités d’EDF », estime-t-il, soulignant les interactions essentielles entre les différents métiers de l’entreprise. “Avoir des stratégies différentes pénalise l’activité globale lorsqu’elle n’est pas rendue cohérente”, ajoute le responsable syndical.

Ces préoccupations sont également entendues par la majorité parlementaire. “Je suis très très vigilant” car “je sens qu’il y a beaucoup de tension sur cette question”, reconnaît le député (LREM) Jean-Marc Zulesi. “Comme il y a de nombreuses préoccupations à ce sujet, il doit y avoir de la transparence et cette représentation nationale, quelle que soit la partie, est associée aux discussions”, soutient-il.

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Thierry Dufour

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