Économie

Quel est le problème entre l’UE et le laboratoire AstraZeneca?

Le logo du laboratoire anglo-suédois AstraZeneca. (dessin) – ALLILI MOURAD / SIPA

  • Le laboratoire AstraZeneca affirme ne pouvoir livrer qu’un quart des vaccins prévus pour le premier trimestre à l’Union européenne.
  • Bruxelles, pour sa part, ne croit pas aux justifications apportées par le laboratoire.
  • L’UE a peut-être été un peu «trop optimiste», estime Anne Sénéquier, codirectrice de l’observatoire de santé Iris, interrogée par 20 minutes.

L’Union européenne a haussé les épaules. Depuis le début de la semaine, tout ce qui importe le plus aux institutions européennes s’est intensifié pour dénoncer le non-respect des le laboratoire AstraZeneca de son engagement à fournir des millions de doses de
Vaccins contre le covid-19 à partir de ce premier trimestre.

Bruxelles a ouvert la voie mercredi pour réclamer des vaccins fabriqués au Royaume-Uni, sur la base du contrat de précommande établi l’été dernier. AstraZeneca, invitée à une réunion explicative, a décliné avant d’être représentée par son PDG lui-même. 20 minutes vous explique le différend.

Qu’a annoncé AstraZeneca?

Le laboratoire anglo-suédois qui a développé un vaccin en partenariat avec l’Université d’Oxford, il a annoncé qu’il ne pourra honorer qu’un quart de la commande de vaccins de l’UE au premier trimestre 2020. L’UE en a pré-commandé 400 millions. Probablement pas tous livrables dans ce premier trimestre, mais pareil: mis à part, le retard de livraison annoncé par Pfizer pour son vaccin il y a quelques semaines semble très léger.

AstraZeneca justifie ce retard par «une baisse de rendement» dans l’une de ses usines en Belgique. Pascal Soriot, PDG français d’AstraZeneca, blâme les sous-traitants, qui selon lui sont en retard car ils doivent «apprendre» le processus de fabrication des vaccins. Plutôt à l’aise, le patron explique que l’entreprise n’est de toute façon pas engagée auprès de l’Union européenne: «Ce n’est pas un engagement contractuel. Nous avons dit: nous ferons de notre mieux, sans aucune garantie de succès. “

De bonne foi ou non, nous devons reconnaître que produire des vaccins à une telle échelle et si rapidement est un défi. «C’est nouveau», se souvient-il 20 minutes Anne Sénéquier, co-directrice de l’Observatoire de la santé de l’Iris. Pour éradiquer la polio, grâce à la vaccination de masse, il a fallu … trente-deux ans. Dans le cas du coronavirus, «tous les laboratoires ont vendu quelque chose qu’ils n’avaient pas», explique Anne Sénéquier. Le risque était donc connu.

Pourquoi l’Union européenne est-elle en colère?

Bruxelles n’est pas convaincue par la baisse brutale de la production de l’usine belge. Selon l’AFP et l’agence belge, à la demande de la Commission européenne, des experts de l’autorité sanitaire belge ont indiqué jeudi qu’ils étaient responsables de l’inspection de l’usine de Seneffe. Leur objectif est de «s’assurer que le retard de livraison est bien dû à un problème de production» sur le site. Leur relation se concrétisera dans “quelques jours”.

L’UE demande également à profiter des usines britanniques AstraZeneca, qui ne traversent pas la crise. Mercredi, un responsable européen cité par l’AFP a rappelé que, aux termes du contrat conclu par l’UE, le laboratoire devait utiliser quatre usines pour assurer sa production: deux dans l’UE et deux au Royaume-Uni. «Il n’y a jamais eu de doute que ces deux usines [britanniques] soit en arrière-plan, soit en réserve », a-t-il insisté. Ce n’est pas du tout ce que dit AstraZeneca. Selon son directeur général, le contrat signé avec Londres en juin 2020, trois mois avant l’accord avec l’UE, prévoit que la production «de la chaîne d’approvisionnement britannique ira d’abord au Royaume-Uni».

Londres, qui ne fait plus partie de l’UE depuis janvier 2020, n’a pas bénéficié du «prix de gros» que Bruxelles a pu négocier avec plusieurs laboratoires. Mais de l’autre côté de la Manche, pas de retard. “Il faut faire en sorte qu’ils ne favorisent pas les meilleurs, et plus particulièrement le Royaume-Uni, qui paie plus ses vaccins que l’UE”, prévient la députée LREM Véronique Trillet-Lenoir dans Le monde.

L’Union européenne a-t-elle été trompée?

Les justifications d’AstraZeneca peinent à convaincre, même au-delà des diplomates européens. Mais il est difficile d’imaginer qu’un PDG d’une multinationale, chargé de conseils juridiques, déclare ne pas être “engagé” avec l’Union européenne sans en être sûr. L’UE a été «trop optimiste, trop sûre d’elle-même, dit Anne Sénéquier, comme tous les pays qui ont signé des accords bilatéraux avec des laboratoires». »Frédéric Bizard, professeur d’économie à l’ESCP et directeur de l’Institut de la Santé, interviewé par 20 minutes, va plus loin et pense que «les laboratoires ont moins peur de l’UE que de l’Etat américain, de l’Etat britannique ou encore de l’Etat allemand ou français. L’Union européenne est un nain politique, elle n’a pas d’influence et l’équilibre des forces est déséquilibré ».

La première polémique liée aux retards de vaccins Pfizer et BioNTech nous avait déjà donné un avant-goût: l’Union européenne et le Canada ont subi des retards de livraison, mais pas les États-Unis, la maison mère du laboratoire. L’épisode que nous vivons n’est donc pas surprenant pour Frédéric Bizard: «AstraZeneca est dans son rôle, c’est une entreprise privée qui cherche à maximiser son profit en ne révélant que les données les plus positives, y compris sur sa capacité de production. “” Aujourd’hui, nous voyons les Occidentaux réaliser à quel point les laboratoires sont puissants. Nous n’avons pas notre mot à dire même si nous avons investi des milliards », note-t-il plus tard 20 minutes Jean François Corty, médecin et ancien directeur des opérations à Médecins du monde.

De quelles options l’Union européenne dispose-t-elle actuellement?

Jugée trop inactive au début de la crise sanitaire, lorsque les questions de santé ne font pas partie de ses prérogatives, l’UE joue une partie de sa crédibilité sur les vaccins. Il devait prouver que jouer ensemble signifiait jouer gagnant.

Sur le plan industriel, il est peu probable que l’Union européenne remporte l’épreuve de force à court terme. “Il peut gagner la bataille de l’opinion publique”, estime Anne Sénéquier. L’UE a déjà demandé à AstraZeneca de donner l’autorisation de rendre public le contrat signé. «Si cela ne fonctionne pas, l’UE peut travailler à la libéralisation des brevets pharmaceutiques, ce qui permettra à d’autres laboratoires de produire le vaccin. “

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Thierry Dufour

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