Économie

Un grand distributeur français au cœur du Dakar a des problèmes malgré lui

, publié le samedi 06 mars 2021 à 16h07

Pillé deux fois en deux jours, la boutique dévastée d’un grand détaillant international dans un quartier opulent et ensoleillé de Dakar offre un instantané des troubles qui secouent le Sénégal depuis quelques jours, avec des intérêts français entre les deux.

Au magasin Auchan des Almadies, à proximité des ambassades et des sièges des organisations internationales, des hommes, des femmes, des enfants qui invoquent leur misère emportent ce qui reste à emporter sous le regard consterné d’employés qui se disent victimes d’événements qui les dépassent.

Si la cible est la France, on se trompe car le personnel d’Auchan est sénégalais, disent-ils.

«Nous ne sommes pas des pillards. Nous n’avons pas les moyens de nous amortir», dit une femme au boubou orange fouillant parmi les produits jetés au sol, au milieu d’étagères vides et renversées et de matériel vandalisé.


La boutique a été pillée et incendiée la veille. Dehors, adultes et enfants visiblement démunis considèrent que le butin est transporté dans des sacs en papier ou des sacs poubelles: conserves, boissons, jouets.

«On dit: + Auchan efface. + Mais c’est nous qui gagnons notre vie à la sueur de notre front», observe un employé frustré.

Le Sénégal, considéré comme une île de stabilité en Afrique de l’Ouest, est en proie à des troubles depuis mercredi. L’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko a provoqué la colère de ses partisans. Elle a également libéré, disent de nombreux Sénégalais, l’exaspération accumulée, au moins depuis l’apparition du Covid-19, face à la détérioration des conditions de vie dans ce pays déjà pauvre.

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– “Marre” –

La pandémie a durement frappé l’économie, interrompant des années de croissance soutenue et affectant gravement cette population majoritaire travaillant dans le secteur informel. Beaucoup ont perdu leur emploi. Les couvre-feux, les réunions ou les restrictions de mouvement ont réduit l’activité.

Un calme précaire est revenu à Dakar samedi, jour de repos, avec des rues jonchées de pierres et de cartouches de gaz lacrymogènes vides. Officiellement, quatre personnes sont décédées à travers le pays.

Les manifestants demandent la libération d’Ousmane Sonko. Ils pensent que nous essayons de retirer le député tiers de l’élection présidentielle de 2019 de celles de 2024.

Les autorités disent qu’il doit répondre à une plainte pour viol et que s’il est en détention, c’est pour troubler l’ordre public. On s’attend à ce qu’il soit présenté de nouveau au juge lundi, et la décision de le libérer ou de l’emprisonner pourrait avoir de graves conséquences.

Dans la bouche des manifestants s’expriment également la fatigue des procès quotidiens, la fatigue du pouvoir du président Macky Sall et la méfiance à l’égard de la France, considérée comme l’un des principaux soutiens de ce dernier.

“La plupart de ces jeunes ne travaillent pas. Ils sont à 90% au chômage (…). Au-delà de la question de l’arrestation de Sonko, c’est une situation économique morose qui a fait sortir les gens pour montrer leur propre” Ndeme Dieng, un opposant qui tente de calmer les gens lors des affrontements, a déclaré vendredi.

– Faim et misère –

De nombreuses salles sous pavillon français (Auchan, Total, Eiffage, etc.) ont été attaquées. Toutes les écoles françaises du pays sont fermées le vendredi.

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Malgré le recul de la concurrence chinoise, turque et indienne, la France est le principal partenaire commercial et le principal investisseur direct. Depuis l’indépendance, les relations sont restées fortes. Mais une partie de la population est attentive au discours qui fait de la France l’un des coupables des maux sénégalais.

Le «patriotisme économique» prôné par M. Sonko résonne. M. Sonko dénonce l’emprise mortelle que les étrangers auraient sur les ressources sénégalaises et la production de richesses qui émergeraient du pays sans réduire la pauvreté ni créer d’emplois.

Le pape Samaba Diouf, un responsable des AUChan au Sénégal, a défié Facebook: “Ce n’est pas la France qui a été attaquée, ce sont les Sénégalais qui ont été attaqués”. Il évoque les milliers de Sénégalais qui travaillent à Auchan et les dizaines de milliers d’agriculteurs dont Auchan distribue les produits.

Auchan a fermé ses magasins. Il a compté les attentats de vendredi contre 14 de ses 32 supermarchés. La nouvelle a été rapportée samedi.

“C’est une catastrophe. Nous savons que les étrangers ont investi ici, mais c’est nous les Sénégalais qui travaillons. C’est nul”, a déclaré lui-même l’employé des Almadies. Dans sa consternation, il se montre compréhensif: «Les gens ont faim, et ça se voit. Ce sont la faim, la misère».

Comme d’autres venues s’aider elle-même, la dame au boubou orange semble très éloignée de la politique: “Le malheur des uns est le bonheur des autres. On n’a même pas les moyens de se s’approprier (pour subvenir à nos besoins) , c’est pourquoi nous sommes venus chercher ce que nous pouvons. “

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Thierry Dufour

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